Un drame de plus dans la crise migratoire en mer. Jeudi soir, un nourrisson a tragiquement perdu la vie lors du naufrage d’une embarcation surchargée de migrants tentant de traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre. Ce décès porte à 52 le nombre de victimes en 2024, faisant de cette année la plus meurtrière depuis l’apparition des tentatives massives de traversée via des embarcations de fortune en 2018.
Lors de l’opération de sauvetage, 65 personnes ont pu être secourues saines et sauves au large de Wissant, dans le Pas-de-Calais. Cependant, après avoir retrouvé un nourrisson inconscient dans l’eau, les sauveteurs n’ont pas pu le réanimer, a indiqué la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. L’alerte avait été donnée dans la soirée par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez, qui a mobilisé plusieurs navires de secours ainsi qu’un hélicoptère belge pour intervenir rapidement.
Une fois sur place, les équipes de secours ont constaté que l’embarcation en difficulté, surchargée, avait déjà plusieurs passagers tombés à l’eau. Les conditions difficiles de navigation, combinées à des bateaux fragiles et souvent dépourvus de gilets de sauvetage, rendent ces traversées particulièrement dangereuses. La Manche, l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde, est régulièrement le théâtre de telles tragédies.
2024, une année noire pour les traversées clandestines
Le phénomène des « small boats », ces petites embarcations utilisées par les migrants pour rejoindre clandestinement les côtes anglaises, a fait de 2024 une année particulièrement meurtrière. Depuis le début de l’année, 52 personnes ont perdu la vie en tentant cette dangereuse traversée, dont de nombreux enfants. Le 3 septembre, lors du naufrage le plus meurtrier de l’année, la moitié des 12 victimes étaient mineures. Plus récemment, le 5 octobre, un enfant de deux ans est mort écrasé dans une embarcation transportant près de 90 personnes.
Malgré les risques accrus par les grandes marées de ces derniers jours, les tentatives de traversée se poursuivent. Dans la nuit de mercredi à jeudi, deux embarcations ont nécessité une intervention des garde-côtes français, permettant de secourir 132 personnes.
Les « small boats », un phénomène en constante augmentation
Face au renforcement des contrôles au niveau du tunnel sous la Manche et du port de Calais, les « small boats » sont devenus le principal moyen pour les migrants de tenter de rejoindre le Royaume-Uni, représentant 90 % des tentatives, selon Guirec Le Bras, procureur de la République de Boulogne-sur-Mer. Depuis le début de l’année, plus de 26 000 migrants ont réussi à atteindre les côtes britanniques, un chiffre en hausse, tandis que le nombre de passagers par embarcation a presque quadruplé depuis 2020.
Une réponse politique en cours
L’immigration clandestine est devenue une question centrale au Royaume-Uni et en Europe. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, élu en juillet, a promis de durcir les mesures contre l’immigration illégale, notamment en augmentant le nombre d’expulsions et en intensifiant la lutte contre les réseaux de passeurs.
En France, le Premier ministre Michel Barnier s’est rendu vendredi à Menton, à la frontière italienne, pour rencontrer les représentants du gouvernement italien de Giorgia Meloni, au moment où la question migratoire occupe une place majeure dans les débats européens. Lors du sommet de Bruxelles jeudi, les 27 États membres de l’Union européenne ont décidé de renforcer les mesures contre l’immigration irrégulière, notamment en accélérant les expulsions, tout en révélant des divergences importantes entre certains pays sur la gestion de cette crise.



