Depuis le début de l’année 2024, les autorités libyennes ont intercepté un nombre record de migrants en mer Méditerranée, avec 20 839 personnes ramenées de force en Libye. Ce chiffre dépasse déjà celui de toute l’année 2023, où 17 000 migrants avaient été interceptés. Parmi ces personnes, 18 000 sont des hommes, 1 500 des femmes et 680 des mineurs, tous en quête d’une traversée vers l’Europe, principalement via l’Italie, point d’entrée clé pour les migrants traversant la mer sur des embarcations de fortune.
Depuis 2017, la Libye bénéficie d’un accord avec l’Union européenne, lui conférant la responsabilité de mener ces interceptions en mer. Ce partenariat a pour objectif de lutter contre l’immigration clandestine et de limiter les arrivées en Europe. Les autorités libyennes coordonnent désormais les opérations de sauvetage en Méditerranée, une tâche qui relevait auparavant des centres de coordination maritime de Rome ou Malte. L’Italie, quant à elle, équipe et forme les gardes-côtes libyens pour ces missions de contrôle.
Cependant, ce partenariat a suscité des critiques croissantes de la part des organisations non gouvernementales (ONG). Les incidents violents et les abus envers les migrants par les gardes-côtes libyens sont fréquents. En novembre 2017, à peine l’accord signé, près de 20 migrants, dont des femmes et des enfants, sont morts noyés après l’intervention chaotique des gardes-côtes libyens. Un rapport du New York Times avait révélé la responsabilité de ces derniers dans ces décès, en raison de leur incompétence et de leur négligence dans les opérations de sauvetage.
Malgré ces dérives, les autorités libyennes n’ont pas modifié leurs pratiques. En juin 2024, l’ONG allemande Sea-Watch a diffusé une vidéo choquante montrant des gardes-côtes libyens frappant des migrants avec des bâtons après leur sauvetage par un navire marchand. Les exilés, sous la menace, ont été contraints de descendre du navire pour être renvoyés en Libye. Cette intervention brutale a été contestée par l’ONG, qui a tenté en vain d’empêcher le refoulement des migrants.
Les rapports sur ces incidents violents ne manquent pas. En avril 2024, des gardes-côtes libyens ont ouvert le feu sur un canot de sauvetage du navire humanitaire Mare Jonio, provoquant la panique parmi les migrants à bord. En février 2022, l’ONU avait également dénoncé l’usage excessif de la force par les autorités libyennes, après qu’elles ont tiré sur un canot de migrants, tuant un passager et en blessant plusieurs autres.
Même l’Union européenne a reconnu dans un rapport confidentiel en 2022 que les autorités libyennes avaient eu recours à un « usage excessif de la force » et que certaines interceptions en Méditerranée avaient enfreint les règles internationales. Toutefois, malgré ces condamnations, la coopération entre l’UE et la Libye se poursuit sans relâche.
La situation en Méditerranée demeure ainsi préoccupante, avec des milliers de vies mises en danger par des pratiques de plus en plus violentes et des accords internationaux qui semblent peu efficaces pour protéger les droits fondamentaux des migrants.



