Soupçonnés de trafic de migrants ou poursuivis après avoir tenté de rejoindre l’Espagne, plusieurs Sénégalais sont actuellement détenus au Maroc après avoir écopé de lourdes peines. Plus de 80 familles regroupées au sein d’un collectif réclament notamment l’application de la Convention judiciaire entre Dakar et Rabat.
Leurs familles parlent de désarroi, de précarité et d’absence prolongée de nouvelles. Au Sénégal, un collectif regroupant plus de 80 familles affirme être confronté aux conséquences de lourdes condamnations prononcées au Maroc contre leurs proches.
Selon les témoignages recueillis et rapportés par Libération, plusieurs ressortissants sénégalais ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 10 ans de prison, voire la perpétuité, dans des affaires liées à des traversées clandestines vers l’Espagne et à des soupçons de trafic de migrants.
Des familles plongées dans l’angoisse
Pour certaines familles, l’épreuve dure depuis plusieurs années.
Seynabou Dieng affirme que son mari, Assane Gaye, ainsi que son jeune frère Moussa Fall, ont été condamnés à la prison à perpétuité au Maroc depuis deux ans. « Je n’ai plus rien et j’ai dû retourner chez ma propre famille », témoigne-t-elle.
Même détresse chez Ndèye Khady Sow, dont le fils aîné, Mohamed Niang, âgé de 27 ans, aurait été arrêté le 9 octobre 2023 avant d’être condamné à 10 ans de prison.
D’autres familles contestent également la qualification retenue contre leurs proches.
Idrissa Thiam raconte ainsi le cas de son neveu El Hadji Maguette Guèye, qui, selon lui, était arrivé au Maroc depuis moins de dix jours lorsqu’il aurait été arrêté. « Il voulait aller en Espagne mais on l’a accusé d’être un convoyeur », affirme-t-il.
« Nous pensions qu’il était mort »
Le témoignage de Rouguiatou Baldé illustre également les difficultés rencontrées par certaines familles pour obtenir des informations.
Elle affirme être restée pendant près d’un an sans nouvelles de son frère, Mohamed Diop. « Nous pensions qu’il était mort », raconte-t-elle. C’est finalement après la découverte d’une vidéo qu’elle aurait appris que son frère se trouvait en prison au Maroc.
Autre cas cité : celui du jeune Amanekh 2, présenté comme le fils d’Adama Mbengue. Sa mère affirme qu’il a été condamné à 10 ans de prison, alors qu’il souhaitait, selon elle, se rendre en Espagne et qu’il n’était pas le capitaine de l’embarcation.
Des amendes en plus des peines de prison
Les familles évoquent également des sanctions financières qui viendraient s’ajouter aux peines d’emprisonnement.
Fatou Sène affirme que son fils lui aurait annoncé avoir été condamné à dix ans de prison. Selon son témoignage, plusieurs jeunes Sénégalais condamnés à la même peine devraient également s’acquitter d’une somme équivalant à 3 millions de francs CFA.
Elle décrit des détenus « épuisés » et dénonce ce qu’elle considère comme un traitement « inhumain ».
Ces accusations et témoignages émanent des familles concernées et restent à confronter aux décisions de justice, aux dossiers individuels des personnes condamnées ainsi qu’aux explications des autorités marocaines.
Le collectif réclame l’application de la Convention judiciaire
Face à cette situation, le collectif, qui affirme représenter plus de 80 familles, demande aux autorités sénégalaises d’intervenir et réclame notamment l’application de la Convention judiciaire conclue entre le Sénégal et le Maroc.
Pour les familles, l’enjeu dépasse désormais le seul sort des personnes détenues. Elles souhaitent obtenir davantage d’informations sur les procédures, les conditions de détention et les possibilités de transfert ou d’exécution des peines dans le cadre de la coopération judiciaire entre les deux pays.
Le dossier met une nouvelle fois en lumière les conséquences humaines des migrations irrégulières vers l’Europe et les difficultés auxquelles sont confrontées les familles lorsque leurs proches sont arrêtés et condamnés à l’étranger.
Média 28



