L’intelligence artificielle générative prend une place croissante dans la guerre informationnelle au Mali. C’est ce que relève une nouvelle étude du Timbuktu Institute, diffusée mercredi.
Selon ce groupe de réflexion basé à Dakar, l’IA permet notamment d’accélérer la production de contenus de propagande et d’en amplifier la diffusion. Elle rend également plus difficile la distinction entre informations authentiques, contenus fictifs et désinformation.
Des usages différents selon les acteurs
Dans un pays confronté depuis 2012 à une crise sécuritaire persistante, les outils d’IA sont utilisés de manière différente selon les moyens et les objectifs des acteurs.
Le Timbuktu Institute estime que cette technologie ne crée pas nécessairement de nouvelles fractures au Mali, mais qu’elle peut renforcer celles qui existent déjà, notamment sur les plans communautaire, idéologique et géopolitique.
L’étude présente ainsi le conflit malien comme un possible « laboratoire à ciel ouvert » pour observer les usages de l’IA dans les conflits.
Des contenus générés par IA sur les réseaux sociaux
Le rapport évoque plusieurs acteurs présents dans cet environnement informationnel. L’usage observable de l’IA par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, resterait limité. Sa branche médiatique Az-Zallaqa aurait toutefois diffusé, en juin 2026, des affiches générées par intelligence artificielle.
Des usages plus visibles sont également relevés sur des réseaux associés au Front de libération de l’Azawad (FLA). Plusieurs comptes TikTok diffuseraient notamment des vidéos mettant en scène des personnages générés par IA, présentés comme des personnes réelles.
Pour le Timbuktu Institute, ces procédés peuvent donner une apparence humaine à certains récits tout en compliquant l’identification de leurs véritables auteurs.
La Russie et l’Africa Corps parmi les acteurs les plus structurés
L’étude identifie également un usage plus structuré de l’IA du côté de la Russie et de l’Africa Corps.
Le rapport rappelle que Meta et OpenAI avaient signalé en 2024 une opération russe utilisant des modèles d’intelligence artificielle pour produire des commentaires, des articles et des images en français et en anglais destinés notamment à des publics d’Afrique subsaharienne.
Selon le Timbuktu Institute, l’Africa Corps dispose de ressources permettant d’intégrer l’IA à des opérations informationnelles combinant contenus générés artificiellement, faux comptes et stratégies de diffusion.
Le défi de la détection
Pour les auteurs de l’étude, l’un des principaux enjeux réside désormais dans l’écart entre la sophistication des outils d’IA et la capacité du public à identifier les contenus fabriqués ou manipulés.
Dans ce contexte, le développement de l’intelligence artificielle générative pourrait renforcer la complexité de la lutte contre la désinformation dans l’espace informationnel malien.



