Les récentes nominations de Monsieur Samba Ndiaye et d’Aoua Bocar Ly Tall ont suscité une vive colère parmi les “patriotes”.
(Précisons que dans le contexte politique sénégalais actuel, “patriote” fait référence aux militants ou sympathisants de Pastef.)
Ces derniers dénoncent les insultes que les deux nominés auraient proférées contre Ousmane Sonko et leur opposition au projet en cours. Concernant Aoua Ly, des accusations de communautarisme et d’ethnicisme sont également soulevées par certains commissaires politiques.
Mais au nom de quoi le simple fait d’insulter Ousmane Sonko ou de s’opposer à ce « projet » devrait-il constituer un motif de disqualification pour servir son pays ? Si des insultes ou calomnies existent, elles doivent être résolues par le débat et la justice, non par l’exclusion. Il ne faut pas oublier qu’environ un Sénégalais sur deux (46%) parmi ceux qui ont voté n’a pas soutenu ce “projet”.
En réalité, ces « patriotes enragés » ne demandent rien d’autre qu’une politique de « ne??o ko banndum », c’est-à-dire la nomination exclusive des membres de leur propre clan politique ! La devise est claire : « Patriote ko patriote woni banndum ». Ce phénomène reflète la mise en œuvre de la dictature patriotique théorisée par Cheikh Omar Diagne.
Aoua Ly Bocar, pour sa part, a été accusée de communautarisme et d’ethnicisme. Si je ne sais pas si ces accusations sont fondées, il est cependant évident que ceux qui accusent les autres de communautarisme sont souvent coupables de ce qu’ils dénoncent. Pire encore, ces mêmes individus contribuent à entretenir et propager ces fléaux, souvent de manière inconsciente ou par ignorance. Par exemple, avez-vous remarqué que depuis la dernière alternance, le critère de sélection pour les nominations ministérielles n’est plus basé sur l’ethnicité, mais sur la politique ?
La stigmatisation de certains noms de famille, souvent associés à une ethnie (comme le Fouta), génère une grande frustration et crée un terreau fertile pour le communautarisme. En tant que Haalpulaar et Fuutanke, je suis souvent heurté par les expressions publiques de cette stigmatisation.
Je ressens une profonde frustration quand j’entends contester la démographie des départements de Podor, Matam et Kanel, comme déclarée par l’ANSD.
Je suis frustré lorsque le fichier électoral de ces trois départements est remis en question sous prétexte qu’il serait gonflé.
Je suis frustré par la stigmatisation des électeurs sénégalais traversant la frontière mauritanienne pour venir voter, alors que d’autres font de même en provenance de la Gambie ou de la Guinée-Bissau sans susciter la moindre réprobation.
Je suis frustré lorsque le Président de la République se rend sur le terrain pour constater les dégâts causés par le débordement du fleuve Sénégal, mais ignore la zone la plus touchée, le Fouta (Matam, Kanel, Podor).
Je suis frustré lorsque le Premier ministre, dans son discours politique général, cite toutes les universités à parachever, à l’exception de l’unique université du Fouta, l’Université Souleymane Niang.
Enfin, le député Guy Marius Sagna invoque les prises de position passées de Aoua Ly pour réclamer sa démission. Or, si mes souvenirs sont bons, Guy Marius Sagna faisait partie de ceux qui défendaient jadis l’indépendance de la Casamance. Aujourd’hui, il est député du Sénégal et de la CDEAO. Faut-il pour autant remettre en cause ses positions actuelles en raison de son passé ?
En dépit de nos divergences politiques, nous restons tous des Sénégalais égaux devant la loi, les institutions et le service de la patrie. Le sectarisme et le communautarisme doivent être fermement combattus.



