Des experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont tiré la sonnette d’alarme sur les conditions dangereuses auxquelles sont confrontés les migrants et réfugiés en Tunisie, tant lors des opérations de secours en mer que lors de transferts vers les zones frontalières.
Dans un rapport accablant, ils ont dénoncé des pratiques risquées de la part des autorités tunisiennes, évoquant notamment des violences physiques et des incidents de chavirage des bateaux. « Nous avons reçu des rapports choquants faisant état de manœuvres dangereuses lors d’interceptions de migrants et de réfugiés en mer », ont déclaré les experts, mentionnant des cas de coups portés aux personnes interceptées.
Un bilan humain préoccupant
Entre janvier et juillet 2023, au moins 189 personnes, dont des enfants, ont perdu la vie en tentant de traverser la mer, tandis que 265 autres seraient décédées lors d’opérations d’interception. De plus, 95 personnes sont toujours portées disparues. Les experts soulignent que ceux qui sont « sauvés » par les garde-côtes tunisiens, y compris des victimes de la traite, voient souvent leur situation se détériorer après leur débarquement dans les ports du pays.
Transferts arbitraires et violences à la frontière
Les experts ont également fait état de transferts forcés vers les frontières avec l’Algérie et la Libye, sans aucune assistance humanitaire. Ils dénoncent l’usage excessif de la force lors de ces déplacements et des témoignages de migrants, y compris des femmes enceintes et des enfants, abandonnés dans des zones désertiques. Des violences, y compris des tirs à balles réelles pour empêcher les retours, ont été signalées par plusieurs sources.
Les experts s’inquiètent aussi du traitement réservé aux migrants subsahariens, qui subiraient un niveau de violence accru de la part des forces de sécurité tunisiennes. Parallèlement, la répression des organisations de la société civile, ainsi que des défenseurs des droits humains, a limité l’accès des migrants aux services de base, compliquant davantage leur situation.
Traite des êtres humains et violences sexuelles
En plus des violences, les experts alertent sur l’augmentation des activités criminelles liées à la traite des êtres humains. Des informations inquiétantes font état de violences sexuelles dans les zones frontalières, y compris des viols de jeunes filles âgées d’à peine dix ans.
Inquiétudes face à la coopération entre l’UE et la Tunisie
Malgré ces graves allégations, les experts s’interrogent sur la continuité de la coopération entre l’Union européenne et la Tunisie, notamment dans le cadre de l’accord signé à l’été 2023. Cet accord, qui prévoit une aide européenne de 105 millions d’euros pour lutter contre l’immigration irrégulière, soulève des questions quant à la sécurité des migrants dans le pays. Les experts concluent en exhortant la communauté internationale à ne pas considérer la Tunisie comme un lieu sûr pour les migrants après les opérations de sauvetage en mer.
Ces révélations mettent en lumière la nécessité urgente d’une meilleure protection des migrants et réfugiés en Tunisie, alors que les tensions autour de l’immigration continuent de croître dans la région.



