Le Tombeau des Askia, monument emblématique en terre crue de Gao (nord du Mali), inscrit au patrimoine mondial en péril, vient de subir un nouveau coup dur. En plein processus de restauration, une partie du toit a cédé sous l’effet des pluies torrentielles d’août, révélant la fragilité de cette structure vieille de plus de 500 ans face au changement climatique.
Des Précipitations Historiques et Dévastatrices
Abdoulaye Cissé, architecte spécialisé dans les constructions en terre crue, intervient sur ce projet de réhabilitation pour le compte d’une ONG française. Il souligne l’ampleur des précipitations : « Depuis dix ans, on n’avait pas vu autant de pluie », explique-t-il. Ces conditions climatiques extrêmes ont provoqué l’effondrement d’une partie du plafond de la mosquée des hommes, située à côté de la pyramide à degrés de 17 mètres de haut qui constitue le tombeau d’Askia Mohamed, érigé en 1495.
Ce contretemps, bien que prévu en raison de la saison des pluies, a confirmé l’état préoccupant de la structure. « Les bois sont très vieux, la structure est affaiblie », admet Cissé.
Un Patrimoine Mondial en Danger
Le Tombeau des Askia, classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 2004, est un symbole de l’histoire de l’empire Songhaï, lorsque Gao devint sa capitale et que l’islam en devint la religion officielle. En 2012, en raison de l’occupation des villes de Gao et Tombouctou par des groupes jihadistes et indépendantistes, le site fut inscrit au patrimoine en péril par l’Unesco, qui ne pouvait plus garantir sa protection.
Si la situation sécuritaire s’est améliorée depuis le départ des rebelles, les violences persistantes dans la région empêchent encore les experts internationaux de se rendre sur place. L’ouverture du chantier en mars dernier, quatre ans après son annonce, constitue donc un véritable espoir pour la préservation de ce site historique.
Une Restauration d’Envergure
Ali Daou, chargé de programme à l’Unesco, souligne l’importance de cette restauration : « C’est la première intervention d’une telle envergure sur le tombeau en cinq siècles. » Le chantier, financé par la fondation internationale Aliph à hauteur de 500.000 dollars, vise à redonner au monument sa forme originale et à remplacer les matériaux dégradés ou inappropriés, comme le bois exotique ayant remplacé le hasu local, aujourd’hui rare.
Les travaux, réalisés en collaboration avec l’association CRAterre, impliquent également les artisans locaux et prévoient la replantation de hasu pour assurer un approvisionnement durable en matériaux de construction. Cette initiative, ancrée dans une démarche écoresponsable, illustre la volonté de protéger non seulement le monument, mais aussi le savoir-faire ancestral des maçons locaux.
Un Défi Face au Changement Climatique
Le changement climatique, avec ses précipitations de plus en plus intenses, représente une menace majeure pour les bâtiments en terre crue comme le Tombeau des Askia. « L’un des grands défis est de savoir comment l’architecture en terre traditionnelle peut résister aux phénomènes climatiques plus violents », déclare Valery Freland, directeur d’Aliph.
Le Sahel, où se trouve Gao, est particulièrement vulnérable aux effets du réchauffement climatique. Des études récentes montrent une augmentation significative des précipitations extrêmes dans la région. Le mois d’août a enregistré des pluies jusqu’à 600% supérieures à la moyenne des trois dernières décennies, entraînant des inondations meurtrières.
Un Héritage Protégé par la Population
Malgré ces défis, l’attachement des habitants de Gao à ce site historique demeure fort. Lors des attaques jihadistes sur les mausolées de Tombouctou, la population locale a protégé le tombeau des Askia. « Les maçons qui travaillent sur ce site y prient cinq fois par jour », raconte Abdoulaye Cissé. Cette connexion spirituelle et culturelle pourrait jouer un rôle clé dans la préservation du monument face aux dangers du climat et du temps.
La restauration du Tombeau des Askia est plus qu’un simple projet architectural. Elle incarne la résilience d’une communauté, déterminée à protéger son patrimoine pour les générations futures, malgré les menaces croissantes du réchauffement climatique et des conflits.



