Le Sénégal s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la gestion de sa dette souveraine. Selon l’agence Reuters, l’État devrait désigner la banque d’affaires Lazard comme conseiller financier afin de l’accompagner dans la gestion de sa dette publique, après la découverte d’importants engagements financiers jusque-là non déclarés.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement tendu. Plus de 13 milliards de dollars de dettes non déclarées, représentant plus de 25 % du produit intérieur brut (PIB), ont été mis au jour. Cette situation a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à suspendre son programme d’aide de 1,8 milliard de dollars destiné au Sénégal.
Les chiffres illustrent l’ampleur de la dégradation des finances publiques. En l’espace d’une décennie, la dette du pays est passée de 40 % du PIB en 2012 à 128 % en 2024, selon les données officielles. L’État rembourse actuellement près de 15 milliards de francs CFA par jour au titre de sa dette, tandis que les obligations souveraines sénégalaises s’échangent entre 52 et 58 centimes par dollar sur les marchés, un niveau généralement associé à une forte perception du risque par les investisseurs.
À ces difficultés s’ajoutent d’importantes échéances à court terme. D’ici la fin du mois de juillet 2026, le Trésor public devra mobiliser 1 200 milliards de francs CFA pour honorer ses engagements. Or, en mai dernier, il n’était parvenu à lever que 84 milliards de francs CFA sur les 278 milliards initialement recherchés.
Depuis l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités en mars 2024, plusieurs anomalies budgétaires héritées de l’ancien régime ont été révélées. À la suite de ces découvertes, une mission du FMI a séjourné à Dakar en juin 2026 afin d’évaluer la situation et d’engager des discussions sur les réformes à mettre en œuvre. Les autorités ont notamment réévalué la dette publique à 99,67 % du PIB à la fin de l’année 2023, contre 74,41 % annoncés auparavant.
Selon le cabinet Oxford Economics, cette démarche de transparence constitue une condition essentielle pour rétablir la confiance des partenaires financiers et permettre la conclusion d’un nouveau programme avec le FMI.
La nomination officielle de Lazard est attendue dans les prochains jours. Elle devrait ouvrir une phase de négociations avec les créanciers du Sénégal, dans l’objectif de restaurer la soutenabilité de la dette publique et de stabiliser les finances de l’État.



