L’ancien directeur général de PETROSEN, Alioune Guèye, monte au créneau après les déclarations du Premier ministre Al Amine Lo à l’Assemblée nationale. Il conteste plusieurs affirmations sur le retrait de Kosmos du bloc Yakaar-Teranga et les 55 millions de dollars évoqués.
Dans une déclaration intitulée « Mon droit de réponse », Alioune Guèye répond point par point au chef du gouvernement. Il revient notamment sur la chronologie du dossier, la portée de l’accord signé avec Kosmos et les obligations financières prévues par les textes.
Un accord signé le 22 avril
Selon Alioune Guèye, PETROSEN et Kosmos ont signé, le 22 avril 2026, un accord de retrait conjoint. Ce document serait l’aboutissement de négociations entamées en août 2024.
Il rappelle que la clause 2 de l’accord prévoyait une seule étape avant son entrée en vigueur : la publication d’un arrêté par le ministre chargé de l’Énergie, du Pétrole et des Mines.
Le même jour, le Premier ministre d’alors, Ousmane Sonko, avait publiquement qualifié l’accord de « victoire majeure ». Il avait également précisé que le retrait serait entériné par arrêté ministériel.
Deux jours plus tard, Kosmos aurait saisi le ministre pour demander l’approbation du retrait par arrêté. L’entreprise s’était également engagée à transférer les données conformément au contrat.
Le désaccord autour des 55 millions
Le 15 mai, le ministre répond à Kosmos sans signer l’arrêté. Il demande notamment un état détaillé des dépenses de l’entreprise ainsi qu’un calcul du solde lié aux 55 millions de dollars.
Alioune Guèye affirme avoir contesté cette demande le 19 mai. Selon lui, les textes invoqués ne permettaient pas de considérer cette somme comme une créance due automatiquement à l’État.
Le 1er juin, le ministre lui répond. Il reconnaît notamment que la démarche de l’ancien DG de PETROSEN est « légitime ». Toutefois, il maintient son désaccord sur l’interprétation des 55 millions de dollars.
La question est alors renvoyée au ministère des Finances.
« Un engagement de dépenses n’est pas une créance »
Alioune Guèye conteste fermement l’affirmation selon laquelle les 55 millions de dollars constitueraient une dette de Kosmos envers l’État.
Il rappelle que cette somme correspondait à un engagement minimum de dépenses prévu par le décret n°2024-713 du 13 mars 2024.
Pour lui, cet engagement ne constitue pas automatiquement une créance. Il estime que seules les obligations prévues par le contrat peuvent entraîner une indemnité.
L’ancien DG de PETROSEN cite notamment l’article 7.9 du CRPP. Celui-ci prévoit, selon lui, des indemnités forfaitaires liées à des travaux de recherche non réalisés.
Or, affirme-t-il, les travaux concernés avaient déjà été effectués. Il cite notamment les forages Teranga-1, Yakaar-1 et Yakaar-2 ainsi qu’une campagne sismique 3D.
Selon Alioune Guèye, plus de 300 millions de dollars auraient ainsi été investis et les actifs seraient aujourd’hui la propriété du Sénégal.
L’article 19 du Code pétrolier au cœur du débat
L’ancien DG de PETROSEN conteste également l’interprétation faite de l’article 19 du Code pétrolier.
Il rappelle que l’article 18 impose au titulaire d’un permis de recherche un programme minimum de travaux. L’article 19 prévoit ensuite une indemnité lorsque ces obligations ne sont pas remplies.
Pour Alioune Guèye, ces dispositions ne prévoient pas le paiement automatique de sommes non dépensées.
Il estime donc que les 55 millions de dollars ne correspondent ni à un programme minimum de travaux, ni à une indemnité prévue par le contrat.
Selon son analyse, le Code pétrolier renvoie au contrat. Or, affirme-t-il, le CRPP ne prévoit aucune indemnité spécifique correspondant à ces 55 millions de dollars.
« Personne n’a pardonné Kosmos »
Alioune Guèye rejette également l’accusation selon laquelle quelqu’un aurait décidé de « pardonner » Kosmos.
Il s’appuie notamment sur la clause 8 de l’accord du 22 avril. Celle-ci précise que le document ne porte pas préjudice aux droits de la République du Sénégal au titre du CRPP.
L’ancien DG rappelle aussi que la lettre du 1er juin précise que l’accord régit les relations entre Kosmos et PETROSEN et qu’il n’est pas opposable à l’État.
Pour lui, cette formulation démontre que PETROSEN ne pouvait pas se substituer à l’État dans l’exercice de ses droits.
Il pose alors une question au gouvernement : si les 55 millions de dollars étaient réellement dus, pourquoi ne pas les réclamer après l’expiration naturelle du contrat ?
La lettre du 1er juin au centre de la polémique
Alioune Guèye revient longuement sur la lettre du 1er juin, présentée par Al Amine Lo comme la preuve d’un « manquement grave ».
Selon lui, cette lecture ne correspond pas au contenu du courrier.
Il rappelle d’abord qu’il s’agit d’une réponse à sa propre correspondance du 19 mai. Il souligne ensuite que le ministre y remercie PETROSEN pour les diligences entreprises.
Le ministre qualifie également de « légitime » la volonté de préserver la cohérence du retrait et de poursuivre les analyses sur le nouveau permis.
La lettre reconnaît aussi que le ministère avait lui-même défendu la position d’un retrait conjoint. Elle précise par ailleurs que la demande de paiement avait été adressée à Kosmos en tant qu’opérateur.
Pour Alioune Guèye, le ministre ne fait donc état d’aucune illégalité commise par PETROSEN.
Il souligne surtout que la question des droits financiers de l’État devait être analysée par le ministère des Finances.
« Un Ministre qui renvoie la question aux Finances ne constate pas un “manquement grave” », soutient-il.
« Où est la mise en demeure de Kosmos ? »
L’ancien DG de PETROSEN pose ensuite plusieurs questions sur les démarches entreprises après l’expiration du contrat.
Il demande notamment où se trouve la mise en demeure adressée à Kosmos et où se trouve l’appel de la garantie prévue par le contrat.
Il interroge également le gouvernement sur l’existence de la garantie maison mère exigée lors de la prorogation du contrat en 2024.
Selon lui, si cette garantie existe, rien n’empêche l’État de l’appeler.
Dans le cas contraire, il estime que le problème ne réside pas dans sa signature de l’accord du 22 avril, mais dans l’absence éventuelle de diligences antérieures.
Alioune Guèye rappelle les déclarations d’Ousmane Sonko
L’ancien DG de PETROSEN revient enfin sur les déclarations faites le 22 avril par Ousmane Sonko.
À cette date, l’ancien Premier ministre avait présenté le retrait conjoint de Kosmos comme une « victoire majeure », obtenue « sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal ».
Il avait également félicité Alioune Guèye pour « l’excellent travail accompli » et le « parfait alignement sur les directives gouvernementales ».
Pour Alioune Guèye, ces déclarations sont incompatibles avec l’idée selon laquelle le Sénégal aurait abandonné une créance de 55 millions de dollars.
Il estime que les textes applicables n’ont pas changé depuis la signature de l’accord.
« J’assume cet acte »
Face aux menaces évoquées par le Premier ministre, Alioune Guèye affirme être prêt à répondre devant les institutions de la République.
Il dit se tenir à la disposition de l’Assemblée nationale, de la Cour des comptes ou de la justice.
L’ancien DG assure qu’il présentera alors l’accord signé, le Code pétrolier, le CRPP, le décret de 2024 ainsi que les différentes correspondances échangées.
Il revendique enfin le bilan de son action dans ce dossier : le départ de Kosmos du gisement, la préservation de plus de 300 millions de dollars d’actifs et le transfert des données au Sénégal.
« J’assume cet acte. Je l’assumerai devant qui le souhaite, avec les textes, et rien que les textes », conclut Alioune Guèye.



