Le Premier ministre avait bruyamment exigé des comptes sur la situation et la gestion du patrimoine bâti de l’État. La réponse détaillée qui lui a été fournie semble avoir refroidi Ousmane Sonko, puisqu’il n’en a toujours pas parlé près de trois semaines plus tard, plusieurs membres actuels du pouvoir figurent parmi les bénéficiaires des largesses de l’État.
Gestion du patrimoine immobilier de l’État : la démarche controversée d’Ousmane Sonko
Le Premier ministre Ousmane Sonko avait publié une note adressée au directeur de la Société nationale de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État (Sogepa Sn), Yaya Abdoul Kane, demandant des informations détaillées sur les cessions provisoires ou définitives d’immeubles appartenant à l’État ainsi que sur les baux emphytéotiques. Cette initiative visait à faire un inventaire du patrimoine immobilier de l’État à Dakar.
Cependant, depuis que Sonko a reçu la réponse le 30 avril, il est resté silencieux sur le sujet. Il semble que les réponses obtenues ne soient pas celles qu’il espérait. En effet, des documents révèlent que plusieurs bénéficiaires des largesses de l’État sont proches du pouvoir en place, y compris de Pastef, le parti de Sonko.
Le directeur général de la Sogepa a fourni un mémorandum détaillant le « programme de valorisation du patrimoine bâti de l’État », y compris la base légale des baux emphytéotiques, la consistance architecturale des projets et les détails spécifiques à chaque immeuble. Ce document met en lumière que certains promoteurs immobiliers proches de l’ancien pouvoir de Macky Sall ainsi que des dirigeants actuels de Pastef sont impliqués.
Selon le DG de la Sogepa, cette opération de valorisation s’inscrit dans le cadre du Plan d’actions prioritaires 2019/2023 visant à moderniser le patrimoine bâti de l’État avec l’aide du secteur privé. L’État dispose d’un patrimoine immobilier en état de vétusté avancée, dont les coûts de maintenance dépassent les capacités financières de l’ancienne Agence de gestion du patrimoine bâti de l’État (Agpbe), devenue Sogepa Sn.
La Sogepa a signé vingt baux emphytéotiques, approuvés par décret, entre décembre 2019 et mars 2024. Ces baux, allant de 50 à 99 ans, concernent principalement des projets de démolition et reconstruction d’édifices. Les bâtiments construits ou rénovés seront partiellement rétrocédés à l’État dans le cadre d’un partenariat public-privé, ce qui évite la vente des biens de l’État.
La Sogepa prévoit que quinze de ces projets, avec un investissement global de plus de 200 milliards de francs CFA, augmenteront de 70 000 m² les espaces de bureaux modernes, générant un potentiel locatif de 8,4 milliards de francs CFA annuels.
Ce rapport a révélé que plusieurs membres actuels du gouvernement ou leurs proches bénéficient également du patrimoine immobilier de l’État. Par exemple, un ancien fonctionnaire continue d’occuper sa résidence de fonction malgré sa destitution, tandis qu’un autre a mis en location son logement de fonction à des locataires étrangers.
Ainsi, malgré les changements annoncés, les pratiques douteuses semblent persister, donnant l’impression que plus cela change, plus les résultats restent les mêmes.



