La transparence dans la gestion des fonds publics ravive les tensions au sommet de l’État. Alors qu’Ousmane Sonko annonce une commission d’enquête parlementaire sur les fonds spéciaux de plusieurs institutions entre 2012 et 2026, Aminata Touré dénonce une démarche populiste et renvoie le contrôle des comptes publics aux organes spécialisés. Une divergence qui relance le débat sur la cohérence des discours et les mécanismes de reddition des comptes au Sénégal.
Le dossier des fonds spéciaux s’invite une nouvelle fois au cœur de l’actualité politique sénégalaise. À l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale, ce mardi, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé une initiative du groupe parlementaire majoritaire PASTEF : le dépôt d’une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête parlementaire.
L’objectif annoncé est d’examiner l’utilisation des fonds spéciaux accordés à la Primature, au Conseil économique, social et environnemental (CESE) et au Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT), sur une période couvrant les années 2012 à 2026.
Sonko mise sur le contrôle parlementaire
En portant ce dossier devant l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko place la gestion des fonds spéciaux au centre d’une démarche de contrôle politique et institutionnel. Ces enveloppes, régulièrement associées au débat sur la transparence de la dépense publique, soulèvent des interrogations sur les mécanismes de suivi et de reddition des comptes.
La proposition annoncée par PASTEF ouvre ainsi la voie à un examen parlementaire dont la portée dépendra de la recevabilité du texte, de son adoption éventuelle et du mandat confié à la commission.
Aminata Touré oppose une fin de non-recevoir
La réaction d’Aminata Touré n’a pas tardé. La Haute représentante du président de la République a contesté la pertinence de cette initiative, estimant que l’examen des comptes de l’État relève avant tout de la Cour des comptes et de l’Inspection générale d’État (IGE).
Elle met en avant l’expertise technique et les prérogatives juridiques de ces institutions, allant jusqu’à qualifier la démarche parlementaire de « populiste ».
Cette sortie introduit une divergence nette sur la méthode à privilégier pour examiner les fonds spéciaux : d’un côté, une initiative d’enquête portée par la majorité parlementaire ; de l’autre, la défense d’un contrôle conduit par les organes spécialisés.
Le contraste avec ses positions antérieures en question
La prise de position d’Aminata Touré interpelle également au regard de ses précédentes interventions en faveur de la transparence et de la reddition des comptes. Ses appels antérieurs à l’examen de dossiers sensibles et au renforcement du contrôle des ressources publiques alimentent aujourd’hui les interrogations sur la cohérence de son discours.
Le contraste est d’autant plus remarqué que la contestation intervient au moment où la majorité parlementaire annonce vouloir concrétiser une démarche d’investigation sur les fonds spéciaux.
Reste toutefois à établir précisément la portée de cette différence entre ses positions passées et actuelles, à partir de déclarations vérifiables et replacées dans leur contexte.
Transparence : qui doit contrôler les fonds spéciaux ?
Au-delà de l’affrontement entre responsables politiques, cette controverse soulève une question de fond : le contrôle des fonds spéciaux doit-il être confié exclusivement aux organes administratifs compétents ou peut-il également faire l’objet d’une enquête parlementaire dans le cadre des prérogatives de l’Assemblée nationale ?
La Cour des comptes, l’IGE et le Parlement n’exercent pas les mêmes missions. La question centrale est donc celle de leur complémentarité, dans le respect des textes et des compétences de chaque institution.
La suite de cette initiative permettra de mesurer la portée concrète de la volonté affichée de faire la lumière sur la gestion des fonds spéciaux. Entre exigence de transparence, contrôle institutionnel et confrontation politique, le dossier place désormais les acteurs publics face à un enjeu majeur : rendre compte de l’utilisation des ressources de l’État.



