Le parti au pouvoir, PASTEF, s’achemine vers une victoire écrasante au Parlement, un succès qui place le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko sous une pression accrue pour répondre aux attentes de la population sénégalaise. Après une victoire nette lors des législatives, les Sénégalais espèrent que le duo Faye-Sonko mettra à profit cette majorité pour soulager les difficultés quotidiennes du pays et concrétiser l’agenda de rupture et de justice sociale qui a porté leur arrivée au pouvoir.
« Le Sénégal va mal dans tous les domaines », déclare John Mendy, restaurateur à Dakar, au lendemain des élections législatives. Selon lui, avec cette majorité au Parlement, « ils n’ont plus d’excuses » et doivent désormais agir. « Les Sénégalais les attendent dans tous les domaines », ajoute-t-il, soulignant les attentes qui pèsent sur les dirigeants.
Le PASTEF a remporté environ trois quarts des sièges à l’Assemblée nationale, selon des résultats partiels provisoires. Une victoire qui prolonge l’élan de la présidentielle de mars dernier, où la population a exprimé son désir de changement après trois ans de crise économique et de confrontations politiques. L’aspiration à une nouvelle gouvernance confiée à une génération émergente a été concrétisée avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, et la nomination de son Premier ministre, Ousmane Sonko, leader du PASTEF.
Ce dernier, bien que n’ayant pas pu se présenter à la présidentielle en raison de l’invalidation de sa candidature, est désormais vu comme la figure de proue du gouvernement. Les analystes estiment que la victoire aux législatives est en grande partie due à Sonko, qui pourrait enfin mettre en œuvre son projet de transformation du pays.
Pendant huit mois, la cohabitation entre le président Faye et Sonko avec une Assemblée dominée par l’ancienne majorité Benno Bokk Yaakaar a été marquée par des tensions. Mais en septembre, M. Faye a dissous l’Assemblée et provoqué les élections anticipées de dimanche dernier, qui ont permis au PASTEF de consolider sa position.
Les projections créditent le PASTEF de 119 à 129 sièges sur 165, un résultat qualifié de « déferlante » par le quotidien gouvernemental Le Soleil, tandis que Le Quotidien détourne le slogan « Sénégal Moy Sonko » pour célébrer la popularité croissante de l’opposant. À l’inverse, l’opposition semble largement laminée, la coalition Takku Wallu Sénégal de l’ex-président Macky Sall n’obtenant que 15 sièges.
L’opposition a focalisé sa campagne sur la critique de l’action du gouvernement, soulignant que Sonko avait beaucoup parlé, mais peu agi. Toutefois, Sonko se défend en arguant que la situation du pays, compliquée par de nombreuses résistances au changement, a freiné ses initiatives.
Des Sénégalais comme Pape Diagne, commerçant à Dakar, se disent « content » du résultat, mais insistent sur la nécessité d’une action immédiate de la part des nouveaux dirigeants. « Les filles et les garçons attendent, tout le monde attend », déclare-t-il, appelant à un changement tangible.
Pour Aminata Touré, ancienne Première ministre et actuelle haute représentante du président, la victoire est un signal fort : « Le peuple sénégalais nous a accordé un vote de confiance sans équivoque. Il ne nous reste plus qu’à nous retrousser les manches pour transformer notre pays en profondeur. »
Cependant, le pays fait face à de nombreux défis. Le coût de la vie, le chômage (particulièrement chez les jeunes) et la gestion des comptes publics sont des enjeux majeurs. De plus, des centaines de Sénégalais continuent chaque mois de quitter le pays en quête d’un avenir meilleur. L’exécutif sera également attendu sur la mise en œuvre de promesses électorales, telles que l’abrogation de certaines lois controversées et la réforme de l’État et de la justice.
L’un des dossiers brûlants sur la table du nouveau Parlement est le projet de loi visant à durcir les peines contre l’homosexualité, qui pourrait être l’un des premiers grands tests pour la nouvelle législature.
Les analystes s’accordent sur un point : Ousmane Sonko détient désormais les rênes du pouvoir. « C’est lui qui va continuer à dicter la manière de gouverner le pays », estime l’enseignant et chercheur El Hadji Mamadou Mbaye. Selon lui, « le chef de l’État n’a cette légitimité d’être président que grâce à Sonko », soulignant ainsi l’influence prépondérante de ce dernier sur l’orientation politique du Sénégal dans les années à venir.



