Le Sénégal traverse une période de fortes tensions financières, entre dégradation de sa notation souveraine, hausse du coût du crédit et pression croissante du service de la dette. Une situation qui alimente les inquiétudes, mais que l’analyste Ass Mademba Ndiaye juge encore très différente de la crise traversée par le pays en 1993.
Ces dernières semaines, plusieurs signaux ont ravivé les préoccupations. Les fonctionnaires ont notamment perçu leurs salaires plus tard que d’habitude. Dans le même temps, Dakar n’a toujours pas conclu d’accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour rééchelonner certaines échéances et accéder à des financements concessionnels.
La pression sur les finances publiques s’est également accentuée. Le poids des intérêts de la dette dans les recettes de l’État est passé de 16,1 % en 2023 à 23,7 % en 2026.
Le souvenir douloureux de 1993
Malgré ces difficultés, Ass Mademba Ndiaye estime qu’il convient de ne pas assimiler la situation actuelle à celle de 1993. À l’époque, le Sénégal faisait face à une crise financière d’une tout autre ampleur.
Le 24 août 1993, rappelle le journaliste, les ministres de l’Économie, des Finances et du Plan, Sakho, et du Budget, Loum, s’étaient présentés devant l’Assemblée nationale pour demander l’adoption d’une loi prévoyant une baisse de 15 % des salaires des fonctionnaires.
Le président Abdou Diouf avait alors voulu donner l’exemple au sommet de l’État. Ses propres émoluments ainsi que les fonds politiques avaient été réduits de moitié. Les indemnités des députés et les rémunérations des présidents de conseil d’administration des entreprises publiques avaient également été diminuées de 25 %.
« Caisses vides, faillite, État exsangue »
Pour l’analyste, l’écart avec la situation actuelle reste considérable. Il rappelle qu’en 1993, l’État sénégalais était en cessation de paiement depuis juin.
« Caisses vides, faillite, État exsangue ! », résume-t-il, soulignant que presque tous les principaux secteurs économiques étaient alors en difficulté, à l’exception de la pêche. Les filières arachidière et textile, les phosphates ainsi que le tourisme étaient notamment dans le rouge.
Ass Mademba Ndiaye établit ainsi une distinction entre les tensions budgétaires actuelles et le véritable choc financier subi par le Sénégal au début des années 1990.
Selon lui, la hausse actuelle des prix du carburant décidée par le président Bassirou Diomaye Faye, notamment pour alléger le poids des subventions, ne saurait être comparée aux mesures drastiques imposées en 1993 à un État alors confronté à une situation de quasi-faillite.



