Dakar — À quelques mois des élections territoriales, l’incertitude autour du calendrier électoral inquiète Moussa Tine. Invité de l’émission Point de vue de la RTS, le président de l’Alliance démocratique « Pencco » appelle le gouvernement à clarifier rapidement les échéances et à renouer le dialogue avec les différents acteurs politiques.
Pour l’ancien député, le Sénégal s’installe dans une situation d’« incertitude électorale » susceptible de fragiliser le processus démocratique. Il estime que le problème ne réside pas dans une impossibilité juridique d’organiser les élections, mais plutôt dans le retard pris dans les préparatifs et le manque de visibilité sur la date du scrutin.
« Une élection ne se prépare pas le jour du vote », a-t-il rappelé, soulignant que sa préparation passe notamment par les textes, les listes électorales, les convocations et la connaissance, par l’ensemble des acteurs, de la date du scrutin.
Moussa Tine redoute une élection à « géométrie variable »
Tout en reconnaissant que le Code électoral prévoit certaines possibilités de report, Moussa Tine met en garde contre une situation où un seul camp disposerait d’informations précises sur le calendrier.
« Il n’est pas normal qu’un seul camp sache à quel moment on va organiser les élections locales », dénonce-t-il, insistant sur la nécessité d’une prévisibilité électorale.
Selon lui, l’absence de calendrier clair a des conséquences directes sur la mobilisation des équipes, les dépenses de campagne et le lancement des activités politiques. Elle affecte également certaines opérations administratives, notamment l’inscription des primo-votants, les changements de lieu de vote et la révision des listes électorales.
Un éventuel report doit être discuté
Pour le président de Pencco, tout report éventuel devrait être « justifié, expliqué et surtout discuté avec l’ensemble des acteurs ». Il s’appuie notamment sur la jurisprudence du Conseil constitutionnel relative à la durée des mandats électifs.
« C’est le peuple qui confie un mandat pour une durée déterminée et cette durée doit être respectée », a-t-il martelé.
Moussa Tine appelle également à une concertation sur plusieurs dossiers connexes, notamment l’Acte 4 de la décentralisation, les cartes d’identité et les listes électorales.
« La République, ce n’est pas des hommes. La République, ce n’est pas des partis politiques. Il faut qu’on apprenne à fonctionner sur des principes », a-t-il déclaré.
Dissolution et couplage : la prudence recommandée
Interrogé sur une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale qui pourrait être couplée aux élections locales, le juriste appelle à la prudence.
Il estime notamment qu’une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel sur cette question devrait être officiellement portée à la connaissance du public. Selon lui, un calendrier serré pourrait conduire à organiser les deux scrutins à quelques semaines d’intervalle ou à repousser l’un d’eux afin de les rapprocher.
Pour sortir de cette situation, Moussa Tine préconise un retour à la concertation. Il rappelle notamment que le Code électoral de 1992 avait été élaboré à l’issue d’un processus impliquant différents acteurs politiques et des experts.
À ses yeux, cette expérience montre que les règles électorales gagnent à être discutées avant leur adoption.
Alors que plusieurs dossiers restent en suspens — révision des listes, éventuel report des locales, réforme de la décentralisation, dissolution de l’Assemblée nationale et possible couplage des scrutins — Moussa Tine estime que le Sénégal doit rapidement lever les incertitudes.
« Une démocratie ne peut fonctionner durablement sans prévisibilité électorale et sans respect des principes républicains », a-t-il conclu.



