Il est des urgences qui révèlent autant nos faiblesses que notre capacité à nous rassembler. L’appel lancé par le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) face à l’insuffisance de ses réserves de sang est de celles-là. Derrière chaque poche manquante se cache une vie suspendue à un geste de solidarité. Mais une question demeure : pourquoi faut-il toujours attendre que les stocks frôlent le rouge pour réveiller les consciences ? Le don de sang ne peut continuer à être une mobilisation de circonstance. Il doit devenir une politique de prévention, portée par des campagnes permanentes de sensibilisation, afin que l’anticipation remplace enfin l’urgence.
Cependant, il serait trop facile de faire du CNTS le seul dépositaire de cette responsabilité. La véritable banque de sang d’un pays, ce sont d’abord ses citoyens. Chaque personne en bonne santé peut, à n’importe quel moment, franchir les portes d’un centre de collecte et accomplir un acte d’une valeur inestimable. Donner son sang, ce n’est pas perdre une partie de soi ; c’est offrir à un inconnu le privilège de continuer à vivre. Une société qui ne répond à l’appel de la solidarité que lorsque la pénurie est déclarée est une société qui subit les événements au lieu de les prévenir.
Dans cette dynamique, certaines initiatives méritent d’être saluées. Al’exemple de la formation politique Pastef qui à travers un communiqué apporte une réponse conséquente à l’appel du CNTS démontrent que la force d’une organisation ne se mesure pas uniquement à sa capacité de mobilisation électorale, mais aussi à son engagement au service de la collectivité. Cet exemple devrait inspirer bien au-delà de la sphère politique. Associations culturelles, regroupements religieux, clubs sportifs, syndicats, mouvements de jeunesse, entreprises publiques et privées : tous disposent d’un capital humain considérable. S’ils faisaient du don de sang un rendez-vous régulier, les pénuries appartiendraient sans doute au passé.
Le sang est de ces richesses dont le partage ne nous appauvrit jamais. À une époque où les débats publics sont souvent dominés par les clivages, le don de sang rappelle une vérité essentielle : la vie d’un Sénégalais peut dépendre de la générosité d’un autre. C’est pourquoi cette cause doit dépasser les appartenances politiques, religieuses ou sociales pour devenir un véritable pacte citoyen. Une nation qui fait de la solidarité un réflexe plutôt qu’une réaction n’attend jamais que les réserves s’épuisent pour prouver son humanité.



