Les autorités sénégalaises ont ordonné l’annulation d’une rencontre d’opposants guinéens en exil, initialement prévue ce jeudi 9 juillet 2026 à Dakar. Officiellement motivée par des considérations de souveraineté et de diplomatie, cette décision intervient alors que l’événement visait à dénoncer les violations des droits humains et les disparitions forcées en Guinée.
La table ronde devait coïncider avec le deuxième anniversaire de la disparition de deux figures du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, portés disparus sous le régime du général Mamadi Doumbouya.
Une interdiction notifiée par les services de sécurité
Selon Alseny Farinta Camara, coordinateur du mouvement Tournons la Page Guinée en exil au Sénégal et co-organisateur de l’événement, les premières pressions sont apparues la veille, après l’annulation de la réservation de la salle par un hôtel de Dakar.
« J’ai été appelé à plusieurs reprises par la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Ils m’ont demandé d’annuler la présentation qui était prévue aujourd’hui à Dakar », a-t-il déclaré.
Convoqué ce jeudi matin dans les locaux de la DST, il affirme avoir reçu une interdiction formelle : « On nous a réitéré d’annuler la table ronde internationale sur l’épidémie de disparitions forcées en Guinée pour ne pas créer de problème diplomatique entre le Sénégal et la Guinée. »
Une source sécuritaire sénégalaise a confirmé la mesure, précisant que le ministère des Affaires étrangères avait saisi le ministère de l’Intérieur afin d’empêcher la tenue de la rencontre, dans le but de préserver les relations entre Dakar et Conakry.
Vives réactions dans la société civile
Cette décision a suscité de nombreuses réactions au sein de la société civile sénégalaise. Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center et invité à la rencontre, a exprimé son désaccord :
« Nous regrettons très profondément que le gouvernement sénégalais censure un débat sur les droits humains en Guinée. »
Depuis Paris, où le FNDC organisait une conférence de presse parallèle, son responsable Ibrahima Diallo a également dénoncé une décision « regrettable », rappelant que « le Sénégal a toujours été une terre d’asile » et d’expression pour les démocrates de la sous-région.
Un contexte régional sous tension
Cette annulation intervient dans un climat politique particulièrement tendu en Guinée. Le mouvement Tournons la Page affirme avoir recensé une trentaine de cas de disparitions forcées ces derniers mois. De son côté, le FNDC a publié une liste de responsables de la junte guinéenne, avec à leur tête le président Mamadi Doumbouya, qu’il accuse d’être impliqués dans ces enlèvements.
Par ailleurs, les avocats des familles de Foniké Menguè et de Billo Bah ont saisi à nouveau la justice française, affirmant détenir des éléments sur la nationalité française du chef de l’État guinéen.
Entre impératifs diplomatiques et défense des libertés publiques, cette affaire met en lumière les tensions persistantes au sein de l’espace ouest-africain.



