Karim Wade, l’ex-ministre et fils de l’ex-président sénégalais, a été condamné pour enrichissement illicite, mais le recouvrement des fonds n’a pas été à la hauteur des attentes, selon l’ancien procureur Alioune Ndao.
Lors d’un séminaire de formation des journalistes sur la lutte contre la corruption, organisé par Amnesty International en collaboration avec l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) à Dakar, Alioune Ndao, ancien procureur, a évoqué le dossier de Karim Wade. Selon lui, les faits de corruption, pourtant essentiels à l’affaire, ont été écartés par le juge, une décision qui a eu des conséquences importantes.
L’ex-juge a souligné qu’en vertu de la convention avec la France, la question de l’enrichissement illicite ne pouvait pas être abordée de manière isolée. « Il n’y a pas d’enrichissement illicite dans la convention. C’est la corruption qui a été retenue, et c’est une erreur d’avoir exclu les faits de corruption », a précisé Alioune Ndao. Selon lui, l’enrichissement illicite et la corruption sont inextricablement liés, et l’absence de la prise en compte de cette corrélation dans le dossier a limité l’ampleur de l’enquête.
Au début de l’enquête, la Cour visait la récupération d’entre 500 et 1 000 milliards de F CFA. Cependant, seulement huit milliards de F CFA ont été récupérés, provenant d’emprunts obligataires réalisés à Monaco. Alioune Ndao a expliqué que cette faiblesse dans le recouvrement était due à « des difficultés liées aux enquêtes de patrimoine ». Ces enquêtes, selon lui, sont plus complexes et prennent beaucoup plus de temps que les enquêtes ordinaires. « On peut enquêter sur le patrimoine d’une personne pendant un ou deux ans sans qu’elle en ait connaissance », a-t-il précisé, ajoutant que les éléments de patrimoine recherchés se trouvaient aussi bien au Sénégal qu’à l’étranger.
En ce qui concerne le compte de Singapour contenant 47 milliards de F CFA, Alioune Ndao a révélé que les autorités locales avaient posé une question cruciale : « Êtes-vous signataire de la convention des décisions d’association juridique contre la criminalité transnationale ? » Selon lui, cette convention stipule que chaque État signataire doit désigner un point focal, un magistrat chargé de centraliser les demandes d’assistance juridique internationale. Cette procédure a ajouté une couche de complexité dans l’exécution des décisions judiciaires.
Ainsi, malgré la condamnation de Karim Wade et la restitution partielle des fonds, le processus de recouvrement reste semé d’embûches, en grande partie à cause des difficultés inhérentes à l’enquête sur les avoirs à l’étranger et des procédures judiciaires internationales.



