Une commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU accuse les autorités et les forces israéliennes d’avoir commis des crimes contre l’humanité en Cisjordanie, notamment des actes d’extermination, de torture, de viol et de persécution. Dans un rapport publié lundi, elle maintient également ses accusations de génocide dans la bande de Gaza, suscitant une vive réaction de la diplomatie israélienne.
Dans son communiqué, le ministère israélien des Affaires étrangères a dénoncé des conclusions qu’il qualifie de « propagande déconnectée de la réalité ». Selon lui, ce rapport vise à délégitimer Israël et à remettre en cause son droit à se défendre. Plus tôt dans la journée, l’ambassadeur israélien auprès des Nations unies à Genève avait appelé la communauté internationale à exiger la dissolution de cette commission, dont l’ancienne présidente, la juriste sud-africaine Navi Pillay, est présentée comme la lauréate du prix Nobel de la paix 2026.
À l’inverse, l’ambassadeur palestinien auprès de l’ONU, Riyad Mansour, a appelé à des mesures concrètes pour protéger la population palestinienne et traduire en justice les responsables présumés de crimes. Créée en 2021, la commission avait déjà conclu, dans un précédent rapport, qu’un génocide était commis à Gaza. Les autorités israéliennes rejettent catégoriquement ces accusations, qu’elles jugent mensongères et antisémites.
Des accusations d’extermination et de persécution
Dans son nouveau rapport, la commission estime que les autorités et les forces israéliennes ont commis en Cisjordanie des crimes contre l’humanité d’extermination, de torture, de viol et d’autres formes de violence sexuelle, ainsi que de persécution. Elle souligne le caractère discriminatoire de ces actes, fondés notamment sur la nationalité, la race et l’appartenance ethnique.
Ces conclusions interviennent dans un contexte de dégradation continue de la situation sécuritaire dans ce territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Plus de trois millions de Palestiniens y vivent aux côtés d’environ 500 000 colons israéliens installés dans des colonies considérées comme illégales au regard du droit international.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait déjà dénoncé, le 4 septembre, le déplacement forcé de plus de 33 000 Palestiniens issus de trois camps de réfugiés de Cisjordanie, au début de l’année 2025. L’institution avait évoqué la possibilité de crimes contre l’humanité et de nettoyage ethnique.
Une escalade depuis le 7 octobre 2023
La commission relève une augmentation considérable du nombre de victimes palestiniennes dans ce territoire depuis les attaques du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, qui ont déclenché la guerre à Gaza. Selon son rapport, six Palestiniens avaient été tués lors de frappes aériennes entre 2008 et le 6 octobre 2023, contre 254 entre le 7 octobre 2023 et le 30 septembre 2026.
Les enquêteurs estiment que les autorités israéliennes ont cherché à punir collectivement la population civile de Cisjordanie en réaction aux attaques du mouvement islamiste palestinien. Ils décrivent une attaque généralisée et systématique contre les civils, menée à travers des opérations militaires renforcées par les violences persistantes de colons.
L’expansion de la colonisation, notamment à travers la multiplication rapide des avant-postes, contribue également à aggraver les tensions. La situation sécuritaire s’est encore détériorée à l’approche des élections législatives israéliennes prévues mardi.
Dans la bande de Gaza, les violences se poursuivent malgré la trêve entrée en vigueur en octobre 2025. Selon le ministère de la Santé placé sous l’autorité du Hamas, plus de 1 500 Palestiniens ont été tués depuis le début du cessez-le-feu. Les Nations unies considèrent généralement les données de ce ministère comme une source fiable, tout en les replaçant dans leur contexte.
La commission dénonce une stratégie de déplacement des Palestiniens
Pour le nouveau président de la commission d’enquête, l’Indien Srinivasan Muralidhar, les actes dénoncés s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à exterminer et à déplacer les Palestiniens, tout en leur imposant des conditions de vie invivables. Il s’est exprimé par visioconférence devant la commission sociale, humanitaire et culturelle de l’Assemblée générale des Nations unies, après ne pas avoir obtenu de visa.
Le rapport ne se limite toutefois pas aux agissements israéliens. Il dénonce également les violences imputées à l’Autorité palestinienne contre des membres de groupes armés rivaux et la répression d’opposants civils et politiques. Les enquêteurs lui reprochent notamment l’absence d’investigations suffisamment rapides, efficaces et impartiales sur ces faits.
Par ailleurs, Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, a présenté à distance un rapport consacré à la couverture médiatique du conflit. Elle a notamment souligné le rôle de la déshumanisation et du contrôle de l’information dans les processus conduisant à des violences de masse.
La CIJ avait alerté sur un risque de génocide à Gaza
Les nouvelles accusations s’inscrivent dans un contexte juridique international marqué par la procédure engagée devant la Cour internationale de justice (CIJ). En janvier 2024, celle-ci avait ordonné des mesures conservatoires visant à prévenir les actes relevant de la Convention sur le génocide à Gaza, évoquant un risque réel et imminent de préjudice irréparable pour les droits des Palestiniens.
Les conclusions de la commission d’enquête constituent de nouvelles accusations formulées dans le cadre des mécanismes internationaux de protection des droits humains. Elles ne constituent pas, à elles seules, un jugement pénal établissant la culpabilité des personnes mises en cause.
Elles ravivent néanmoins la pression internationale sur Israël, alors que les violences se poursuivent dans les territoires palestiniens et que les appels à la protection des civils et à la responsabilisation des auteurs présumés de crimes se multiplient.



