Le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge Ekué, est confronté à des incertitudes concernant son maintien à la tête de l’institution. Alors que son mandat a expiré le 28 août 2026, sa reconduction se heurte aux réserves de plusieurs États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En toile de fond, des critiques portant notamment sur la gouvernance, la gestion financière et les orientations stratégiques de la Banque.
Une reconduction fragilisée au sein de l’UEMOA
En poste depuis 2020, Serge Ekué pourrait ne pas obtenir un nouveau mandat à la tête de la BOAD. Selon le média togolais Nouvelle Afrique, quatre pays, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et le Togo, auraient rejeté la proposition de renouvellement de son mandat.
La Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau et le Sénégal se seraient, pour leur part, abstenus. Le Bénin, pays d’origine du dirigeant, soutiendrait son maintien.
Cette position aurait été exprimée lors de la réunion du Conseil des ministres de l’UEMOA, tenue le 2 octobre au siège de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), à Dakar.
Les interrogations sur sa reconduction ne datent toutefois pas de cette réunion. Plusieurs médias avaient déjà évoqué un blocage autour du renouvellement de son mandat, notamment sur fond de tensions politiques et de critiques relatives au fonctionnement de l’institution.
La gouvernance et la gestion financière au cœur des critiques
D’après des informations rapportées par Le Matinal, un document consacré à la gestion de la BOAD soulèverait plusieurs préoccupations. Celles-ci concerneraient notamment la gouvernance, l’utilisation des ressources financières, les conditions de travail du personnel et les choix stratégiques opérés sous la présidence de Serge Ekué.
Une enquête relayée par Seneweb, dont les éléments ne sont pas corroborés dans le texte source, évoque également l’utilisation régulière de jets privés pour certains déplacements du président. Les procédures de recrutement, la gestion des carrières et la passation des marchés feraient aussi partie des points contestés.
Ces accusations doivent toutefois être distinguées des données financières publiées par la Banque et ne constituent pas, à elles seules, une conclusion établie sur sa gestion.
Des financements importants, mais des questions sur leur impact
Les critiques interviennent alors que la BOAD affiche des volumes importants de financements cumulés. Selon les chiffres cités dans le texte source, son rapport 2025 fait état de 9 766 milliards de FCFA de financements cumulés et de 6 578,6 milliards de FCFA de décaissements, soit 67,4 % des montants concernés. Le taux de décaissement annuel s’établirait, quant à lui, à 23,7 %.
Ces chiffres alimentent le débat sur la capacité de l’institution à transformer les financements approuvés en réalisations concrètes.
Dans une tribune intitulée « BOAD : devenir un groupe, oui…, mais pour quels résultats ? », l’économiste sénégalais Magaye Gaye interroge l’impact réel des engagements financiers sur les populations. Il souligne que les résultats d’une banque de développement doivent aussi se mesurer à travers les infrastructures achevées, l’accès à l’énergie, la croissance des entreprises et la création d’emplois.
Plus de 100 milliards de FCFA de commissions évoqués
La politique financière de la BOAD fait également l’objet de critiques rapportées par Le Matinal. Le média évoque plus de 100 milliards de FCFA de commissions liées aux charges financières et affirme que les revenus issus du placement des ressources auraient représenté plus de la moitié du résultat de la Banque.
Le document cité soulèverait ainsi des interrogations sur l’équilibre entre la mobilisation des ressources financières et le financement effectif des projets de développement, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, de l’eau et de la sécurité alimentaire.
Le recours à des cabinets de conseil financier, notamment Galite et Thomasteed, serait également questionné. Selon le média, ces prestataires auraient participé à d’importantes opérations de mobilisation de ressources et d’arrangements financiers, donnant lieu à des interrogations sur l’attribution des contrats et leur rémunération.
La gestion des ressources humaines figure aussi parmi les sujets évoqués. Le document ferait état de départs, de licenciements, de tensions internes et de disparités de rémunération entre certains responsables et des cadres de la Banque. Ces éléments restent des reproches rapportés par les médias cités.
La question de la présidence au-delà du cas Ekué
Les autorités béninoises n’avaient pas réagi, selon le texte source, aux réserves exprimées sur la reconduction de leur ressortissant. Cette situation pourrait relancer le débat sur une éventuelle rotation de la présidence de la BOAD entre les États membres.
Le Matinal estime qu’un maintien du soutien à Serge Ekué sans évolution de la situation pourrait fragiliser la position du Bénin dans ce dossier. L’enjeu dépasse toutefois le sort du dirigeant et les intérêts de son pays.
Pour les analystes cités, il s’agit surtout de préserver la crédibilité de la BOAD, un acteur majeur du financement du développement en Afrique de l’Ouest. La décision sur la présidence devra ainsi s’inscrire dans une réflexion plus large sur la gouvernance, l’efficacité des financements et les attentes des populations de la région.



