Dans ses mémoires à paraître le 26 novembre, Freiheit (« Liberté »), l’ex-chancelière allemande Angela Merkel livre une analyse sans concession de ses relations avec Donald Trump. L’ouvrage, dont des extraits ont été publiés ce jeudi dans l’hebdomadaire Die Zeit, décrit un président américain « fasciné » par les régimes autoritaires et guidé par des impulsions émotionnelles plutôt que par des considérations rationnelles ou diplomatiques.
L’une des premières rencontres entre Merkel et Trump, en mars 2017 à Washington, reste marquée par une série de questions inattendues. Le président américain, fraîchement installé à la Maison Blanche, s’intéresse particulièrement aux origines est-allemandes de la chancelière et à ses relations avec Vladimir Poutine, un sujet qui semble exercer une réelle fascination sur lui. Angela Merkel précise dans ses mémoires que, durant les années suivantes, elle a eu l’impression que Trump était particulièrement attiré par les dirigeants autocratiques, dont les méthodes de gouvernance contrastent avec les valeurs démocratiques de l’Occident.
Cette rencontre ne laissait pas de place à l’optimisme. « Je n’ai pas eu un bon pressentiment après notre entretien », confie Merkel. Lors de leur première rencontre, Trump se montre déjà plus préoccupé par ses propres critiques que par la recherche de solutions. Le président américain dénonce vigoureusement l’Allemagne, l’accusant de gérer de manière désastreuse sa politique migratoire, de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses militaires de l’OTAN et de recourir à des pratiques commerciales « déloyales ». L’un de ses griefs récurrents concerne la présence des voitures allemandes à New York, qu’il qualifie de « problème ».
Malgré les tentatives de la chancelière de répondre par des arguments factuels, elle fait face à un Trump qui semble agir « sur un mode émotionnel », transformant chaque échange en une nouvelle critique plutôt qu’en une base pour des discussions constructives. « Résoudre les problèmes ne semblait pas être son objectif », observe Angela Merkel, qui conclut, après ce premier entretien, qu’une coopération fructueuse avec le président américain serait difficile, voire impossible.
Un autre moment marquant de leur relation survient en juin 2017, lorsqu’Angela Merkel apprend par téléphone que Trump a décidé de retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Cette décision, qui va à l’encontre des priorités environnementales de la chancelière et de son engagement à faire du climat un sujet central du G20, constitue un véritable « coup dur », avoue-t-elle dans son livre.
À travers ses mémoires, Angela Merkel dresse donc un portrait sans fard d’un Donald Trump dont les choix politiques sont souvent dictés par l’émotion et l’admiration pour les dirigeants autoritaires, et dont les relations internationales sont marquées par une vision unilatérale et transactionnelle. Un regard incisif sur un mandat qui a profondément transformé la scène mondiale.



