La tension monte à l’Aéroport international Blaise Diagne. Plusieurs organisations syndicales et représentants du personnel d’AIBD SA ont adressé une correspondance au Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô pour l’alerter sur ce qu’ils présentent comme une « crise de gouvernance profonde » au sein de la société.
Dans cette lettre, les syndicalistes mettent en cause plusieurs aspects de la gestion de l’entreprise et demandent aux autorités une intervention urgente, notamment à travers un audit et une inspection approfondie.Parmi les griefs soulevés figure la question des dotations en carburant. Les représentants du personnel dénoncent une réduction unilatérale de 100 litres sur certaines dotations, mesure qui aurait initialement été présentée comme temporaire.
Cette question n’est d’ailleurs pas nouvelle : en juin 2024, la presse avait déjà rapporté des réductions de dotations décidées par la nouvelle direction. Les syndicats dénoncent également des recrutements qu’ils jugent insuffisamment transparents, ainsi que la remise en cause d’engagements pris envers d’anciens agents. Ils évoquent parallèlement des sommes dues à l’EAMAC, qui, selon eux, retarderaient la délivrance de diplômes et de licences à des contrôleurs de la circulation aérienne formés aux frais de l’entreprise.
Une situation que l’intersyndicale avait également soulevée récemment concernant des contrôleurs formés à l’AIMAC.Les préoccupations syndicales dépassent toutefois les seules questions sociales. Les plateformes aéroportuaires de Ziguinchor, Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou sont citées comme confrontées, selon les signataires, à des conditions de travail et de sécurité préoccupantes, notamment en matière de locaux adaptés et de protection contre la foudre.
Pour les représentants du personnel, ces difficultés doivent être examinées à l’aune des responsabilités stratégiques d’AIBD SA dans le développement du réseau aéroportuaire national. L’entreprise est en effet engagée dans plusieurs projets liés au développement des infrastructures aéroportuaires et à la formation des compétences du secteur.Face à cette accumulation de griefs, les syndicats demandent au Premier ministre de diligenter un audit et une inspection approfondie. Ils souhaitent notamment que soient examinées la régularité et les conditions de l’ensemble des recrutements effectués depuis mai 2024, les procédures de passation des marchés publics, les conventions de prestations ainsi que le respect des procédures de l’ARCP.
Ils réclament également un contrôle de la gestion des missions, des billets d’avion et des dépenses de fonctionnement du cabinet de la direction générale. Ces demandes constituent désormais un appel à la transparence sur la gestion d’une entreprise stratégique pour le transport aérien sénégalais. La direction générale avait déjà affirmé, en 2024, vouloir renforcer la rigueur, la transparence, l’efficience et l’équité dans la gestion d’AIBD SA.Au-delà du bras de fer entre direction et organisations syndicales, l’enjeu est donc celui de la gouvernance, du dialogue social et de la continuité du service public aéroportuaire. Les accusations formulées dans la correspondance devront être vérifiées par les mécanismes de contrôle compétents.
Un audit indépendant pourrait permettre d’établir les faits, de distinguer les responsabilités et, surtout, de rétablir la confiance entre les travailleurs, la direction et les autorités de tutelle.



