La Chambre criminelle de Dakar a acquitté, ce 20 octobre 2026, les 38 personnes poursuivies dans l’affaire présumée de vol de carburant au dépôt de la SENSTOCK, au préjudice d’EDK Oil SA. Malgré la projection de vidéos et les réquisitions du ministère public, les juges ont prononcé leur acquittement. Les demandes de dommages et intérêts formulées par EDK Oil SA et la SENSTOCK ont également été rejetées. À l’annonce du verdict, le public a laissé éclater sa joie.
Une affaire ouverte en septembre 2024
Le dossier avait été ouvert en septembre 2024, à la suite de plaintes déposées par EDK Oil SA et Transport Routier Express (TRE). Les investigations portaient sur des soupçons de soustraction frauduleuse de carburant dans les installations de la SENSTOCK.
Plus de 40 personnes avaient initialement été poursuivies. Trois d’entre elles avaient ensuite bénéficié d’un non-lieu, ramenant à 38 le nombre d’accusés concernés par le procès.
Des vidéos au cœur des débats
Lors de l’audience spéciale du 17 juillet dernier, une trentaine de vidéos avaient été projetées devant la Chambre criminelle. Les images montraient plusieurs personnes prélevant du liquide dans des camions-citernes, avant de le transvaser dans des bidons de 20 litres à travers un mur.
Pour les parties civiles, ces séquences constituaient un élément central pour démontrer l’existence d’un système organisé de soustraction de carburant.
À la barre, plusieurs chauffeurs avaient reconnu leur présence sur les images, tout en contestant toute intention de vol. Ils soutenaient effectuer des purges destinées à évacuer l’eau mélangée au carburant dans le cadre des opérations techniques liées au transport.
D’autres accusés avaient contesté les déclarations consignées dans les procès-verbaux d’enquête. Certains affirmaient que leurs propos avaient été déformés ou qu’ils avaient subi des pressions pour incriminer leurs collègues.
La défense conteste les preuves et la procédure
Les agents de sécurité poursuivis avaient également nié toute complicité. De leur côté, les avocats de la défense, notamment Mes Maguette Yade, Takha Cissé, Mame Thiaba Ba, Abdoul Daf et Baba Diop, avaient mis en cause la fiabilité des images ainsi que les conditions dans lesquelles elles avaient été recueillies.
Ils avaient dénoncé une procédure qu’ils estimaient montée de toutes pièces. La défense avait aussi évoqué un conflit social entre certains travailleurs et leur employeur, sur fond de revendications syndicales.
EDK Oil réclamait 5 milliards de FCFA
Malgré les contestations des accusés, EDK Oil SA avait maintenu ses demandes d’indemnisation. Représentée par Mes Baboucar Cissé, Saer Lo Thiam, Mamadou Lamine Ba, Abdourahmane Sow Lénine et Sayba Danfakha, la société réclamait 5 milliards de FCFA de dommages et intérêts.
Elle affirmait avoir subi un préjudice de plus de 2 milliards de FCFA entre 2021 et 2024. La SENSTOCK s’était également constituée partie civile dans cette affaire.
Toutefois, la Chambre criminelle a rejeté les demandes indemnitaires des deux sociétés, les jugeant mal fondées.
Cinq ans de prison requis par le ministère public
Le ministère public estimait que les vidéos, les procès-verbaux et les déclarations recueillies au cours de l’enquête permettaient d’établir l’existence d’un système organisé. Il avait ainsi requis cinq ans d’emprisonnement contre les accusés.
Le verdict rendu ce 20 octobre 2026 n’a finalement pas suivi ces réquisitions. Les 38 prévenus ont été acquittés, mettant un terme à cette étape judiciaire d’un dossier qui avait suscité une forte attention autour des activités du dépôt de la SENSTOCK.



