Depuis ce lundi 2 novembre, les transferts d’argent entre comptes bancaires et portefeuilles électroniques connaissent un changement majeur dans l’espace UEMOA. Avec la généralisation de la plateforme PI-SPI, les services Bank to Wallet et Wallet to Bank sont progressivement remplacés par un nouveau dispositif de paiement instantané. Si cette réforme promet davantage de simplicité et de gratuité, elle suscite déjà des interrogations chez les usagers et les acteurs financiers.
« Je n’ai rien compris. J’ai reçu le message il y a deux jours et on m’annonce que la mesure sera effective dans quelques jours », témoigne un client d’une banque. Il regrette le manque d’explications avant l’entrée en vigueur du dispositif.
Un autre utilisateur exprime également ses réserves face à ce changement. « J’avais pris mes aises avec ma Bank to Wallet. C’était un jeu d’enfant : en quelques clics, le compte était bon », confie-t-il. Ces réactions illustrent les difficultés d’adaptation auxquelles certains clients pourraient être confrontés.
En effet, plusieurs établissements ont informé leurs clients de la suspension des services Bank to Wallet et Wallet to Bank à partir du 2 novembre. Ces fonctionnalités permettaient respectivement de transférer de l’argent d’un compte bancaire vers un portefeuille électronique et inversement.
Désormais, les utilisateurs sont invités à passer par PI-SPI, la plateforme de paiement instantané et interopérable de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Lancée le 30 septembre 2025, elle vise à faciliter les transactions entre les banques et les établissements de monnaie électronique dans les huit pays de l’UEMOA.
Une gratuité qui pourrait bouleverser le secteur
Pour les consommateurs, la réforme présente plusieurs avantages. Les transferts nationaux d’un montant inférieur ou égal à 8 000 FCFA par jour, par utilisateur et par participant, deviennent gratuits. Le nombre d’opérations n’est pas limité. La réception des transferts reste également gratuite, sans plafond.
Selon les données de la BCEAO, ce seuil concerne environ 75 % des transactions de monnaie électronique dans l’Union. Les transferts transfrontaliers bénéficieront des mêmes conditions à partir du 1er juin 2027.
Cependant, cette gratuité pourrait fragiliser une partie des revenus des banques et des opérateurs de Mobile Money. Les commissions prélevées sur les transferts représentaient jusqu’ici une source importante de recettes pour ces acteurs.
La généralisation de PI-SPI les oblige donc à repenser leurs modèles économiques. Les établissements devront notamment développer de nouveaux services pour compenser la baisse potentielle des revenus liés aux transactions.
Dans une tribune reprise par Ecofin, Youssou Koanda, docteur en sciences économiques et ancien collaborateur du groupe de la Banque mondiale et de plusieurs institutions des Nations unies, souligne les conséquences économiques de cette transformation.
Selon son analyse, la connexion à PI-SPI devient davantage une obligation de mise en conformité qu’une source directe de rentabilité. Il estime que les acteurs financiers devront miser sur des services à valeur ajoutée, notamment le crédit, la micro-assurance, l’épargne programmée et la gestion de trésorerie des entreprises.
Un nouveau mode d’utilisation qui interpelle les clients
Au-delà des enjeux économiques, la nouvelle plateforme pose également la question de son accessibilité. Pour certains utilisateurs, le passage des anciens services à PI-SPI implique plusieurs manipulations.
L’activation commence par le téléchargement ou la mise à jour de l’application mobile de sa banque. L’utilisateur doit ensuite rechercher la rubrique PI-SPI ou paiement instantané et suivre les instructions proposées.
Lors de la première utilisation, il doit créer un alias. Cet identifiant est associé à son compte bancaire. Il peut correspondre à son numéro de téléphone ou à une adresse de paiement générée par la plateforme.
Pour effectuer un transfert, il faut sélectionner la fonction d’envoi, renseigner l’identifiant du bénéficiaire et indiquer le montant souhaité. L’application affiche ensuite les informations du destinataire afin de permettre leur vérification avant la validation de l’opération.
Pour recevoir de l’argent, l’utilisateur doit simplement communiquer son alias à l’expéditeur ou partager son QR Code PI-SPI. Les fonds sont alors directement crédités sur le compte associé.
Autre particularité importante : les transferts effectués via PI-SPI sont instantanés et irrévocables. Les utilisateurs doivent donc vérifier attentivement les informations du bénéficiaire avant toute confirmation.
La réussite de cette transition dépendra ainsi de la capacité des établissements financiers à accompagner leurs clients. Car si PI-SPI ambitionne de simplifier les paiements dans l’espace UEMOA, son adoption nécessitera également une meilleure communication et une prise en main progressive par les usagers.



