Invité de Vincent Touraine dans l’émission « Paroles d’entreprises », diffusée sur BFM Business, le directeur général de Sonatel, Brelotte Ba, a détaillé les ressorts de la performance du groupe et les priorités qui doivent soutenir sa croissance en Afrique de l’Ouest. Au-delà des investissements dans les infrastructures de télécommunications, le dirigeant place l’expérience client, le développement des compétences locales et la démocratisation des usages numériques au cœur de sa stratégie. Une orientation qui prend une dimension particulière au Sénégal, avec la mise en œuvre du New Deal Technologique et l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026.
Pour expliquer la position de Sonatel sur le marché ouest-africain, Brelotte Ba s’appuie sur trois facteurs déterminants : la capacité d’investissement, la connaissance approfondie des marchés et la qualité de l’expérience proposée aux utilisateurs. Le développement de réseaux robustes, capables d’assurer une couverture étendue, constitue ainsi le socle de la compétitivité du groupe. Mais cette performance repose également sur sa faculté à adapter ses services aux réalités économiques et sociales des pays dans lesquels il opère.
Présent dans cinq pays, le groupe revendique un ancrage territorial qui dépasse le seul cadre des télécommunications. Selon son directeur général, son activité contribue à la création de près de 200 000 emplois indirects, tout en favorisant le maintien d’une présence dans les zones rurales. Une implantation qui participe à la consolidation de son modèle économique et au renforcement de ses relations avec les usagers. Brelotte Ba y voit l’un des fondements de la confiance accordée à l’entreprise par ses clients et ses actionnaires. Il rappelle également que Sonatel représente 20 % de la capitalisation boursière de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), dont le siège se trouve à Abidjan.
De la couverture réseau à l’appropriation des services numériques
Pour le dirigeant, la transformation numérique ne peut toutefois se réduire à la multiplication des infrastructures ou à l’extension de la couverture haut débit. Elle doit se traduire par une évolution concrète des usages et par une amélioration perceptible du quotidien des populations. Cette ambition suppose de tenir compte de la diversité des besoins, qu’il s’agisse des particuliers, des entreprises ou des administrations publiques.
Pour le grand public, Sonatel entend faciliter l’accès à la connectivité et simplifier l’utilisation des services numériques, notamment à travers des interfaces vocales. Dans le secteur privé, le groupe mise sur le déploiement de solutions de collaboration adaptées aux besoins opérationnels des entreprises. Cette approche différenciée traduit une volonté de faire du numérique un outil de productivité, d’efficacité et d’inclusion, plutôt qu’un simple service technique.
Au Sénégal, cette orientation s’inscrit dans la dynamique du New Deal Technologique, la stratégie nationale destinée à accélérer la transformation numérique et à favoriser l’émergence d’acteurs capables de porter l’innovation. Sonatel entend prendre une part active à cette ambition, notamment en contribuant à la digitalisation des services publics. Le paiement des taxes par mobile figure parmi les initiatives évoquées par Brelotte Ba, qui souligne la nécessité de rapprocher les administrations des citoyens grâce aux solutions numériques.
Le capital humain, condition de la souveraineté numérique
Au-delà des infrastructures, le développement des compétences apparaît comme un autre axe majeur de la stratégie du groupe. Pour Brelotte Ba, la réussite de la transformation digitale dépend largement de la capacité des économies africaines à former des ressources humaines qualifiées et à créer un environnement favorable à l’innovation locale.
Si la Fondation Sonatel intervient notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, le groupe entend également renforcer son engagement dans la formation aux métiers du numérique. Le développement des compétences internes, l’initiation des jeunes aux métiers de l’intelligence artificielle et de la programmation informatique, ainsi que l’accompagnement des start-up figurent parmi les priorités avancées par son directeur général.
Cette orientation répond à un enjeu stratégique : permettre aux pays de la région de disposer des compétences nécessaires pour concevoir, développer et exploiter leurs propres solutions technologiques. Pour Sonatel, la disponibilité de talents locaux constitue un facteur essentiel de création de valeur et de consolidation d’un écosystème numérique capable de répondre aux besoins des populations comme à ceux des entreprises.
JOJ Dakar 2026 : une vitrine pour l’expertise technologique africaine
L’année 2026 offre également au groupe une occasion de mettre en avant son savoir-faire à l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), organisés à Dakar. Pour cette première édition accueillie en Afrique, Sonatel entend contribuer à la réussite de l’événement en mobilisant ses infrastructures de télécommunications et son expertise technologique.
La priorité porte d’abord sur la connectivité, indispensable au fonctionnement des sites, à la circulation de l’information et à la couverture médiatique de la compétition. Brelotte Ba souligne, à cet égard, l’apport de l’expertise du groupe Orange, partenaire technologique des Jeux olympiques de Paris 2024.
Mais l’engagement annoncé ne se limite pas au déploiement des réseaux. Le groupe prévoit également des initiatives autour de l’innovation, notamment des hackathons, ainsi que la formation de 1 000 volontaires aux compétences numériques. À travers ces actions, Sonatel entend inscrire son intervention dans une logique de transmission des savoir-faire et de valorisation des talents locaux. Les JOJ constituent ainsi une opportunité de démontrer la capacité des acteurs africains à accompagner de grands événements internationaux tout en faisant émerger de nouvelles compétences.
Le défi du « gap d’usage » : transformer la couverture en usages réels
Malgré les progrès enregistrés dans le déploiement du haut débit, le directeur général de Sonatel identifie un obstacle majeur à la pleine réalisation du potentiel numérique de la région : le décalage entre la disponibilité des réseaux et leur utilisation effective par les populations.
Selon les chiffres avancés par Brelotte Ba, près de la moitié de la population couverte par des réseaux haut débit dans les pays concernés ne les utilise pas. Ce constat met en évidence les limites d’une politique exclusivement centrée sur les infrastructures. La couverture technique ne garantit ni l’accès effectif aux services ni leur appropriation par les citoyens.
Les obstacles liés aux compétences numériques, à la maîtrise des outils et à la compréhension des services disponibles constituent autant de défis à relever. Pour le groupe, l’enjeu consiste désormais à accompagner les populations dans l’utilisation concrète des solutions proposées, tout en poursuivant les investissements nécessaires à l’amélioration de la connectivité.
Cette problématique place l’inclusion numérique au centre des prochaines étapes du développement de Sonatel. Il ne s’agit plus seulement de connecter davantage de territoires, mais de permettre au plus grand nombre de tirer profit des opportunités offertes par le numérique, dans les domaines de l’éducation, de l’activité économique, des services publics et de l’innovation.
À travers les orientations exposées sur BFM Business, Brelotte Ba dessine ainsi les contours d’une stratégie qui articule performance économique, investissements technologiques et développement du capital humain. Pour Sonatel, la consolidation de son leadership en Afrique de l’Ouest passera autant par la robustesse de ses réseaux que par sa capacité à stimuler les usages, à accompagner les talents locaux et à contribuer à l’émergence d’un écosystème numérique plus inclusif. Un défi qui dépasse les télécommunications et engage, plus largement, les perspectives de transformation économique et sociale de la région.



