Le 7 décembre 2024, le président burundais Évariste Ndayishimiye a signé un décret fixant la tenue des élections législatives au 5 juin 2025. Ce décret a immédiatement fait l’objet de vives critiques, notamment de la part des proches d’Agathon Rwasa, leader historique de l’opposition, qui dénoncent une « loi taillée sur mesure » visant à l’exclure de la compétition. Depuis plus de 14 ans, Agathon Rwasa, figure de proue de la politique burundaise, a connu plusieurs évictions, dont deux de la tête de la principale formation d’opposition. Une situation qui suscite de nombreuses interrogations sur l’avenir politique du pays.
Les critiques autour du décret du président Ndayishimiye ont fusé après sa publication. Agathon Rwasa et ses alliés estiment que la loi électorale a été délibérément modifiée pour empêcher leur participation, accusant le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), de vouloir verrouiller l’accès au pouvoir par crainte de perdre les élections. Le gouvernement, de son côté, est resté silencieux sur ces accusations.
Depuis la fin de la guerre civile en 2005, les relations entre le CNDD-FDD et l’opposition, notamment les mouvements issus de l’ex-rébellion hutu, restent tendues et marquées par des rivalités violentes. Agathon Rwasa, après avoir été écarté de son propre parti en 2010, avait alors été remplacé par un proche du pouvoir sous l’influence du ministre de l’Intérieur de l’époque, Edouard Nduwimana. Cependant, Rwasa n’a jamais cessé de se battre pour sa place sur la scène politique. À quelques mois des élections générales de 2015, il crée une coalition d’indépendants, obtenant la deuxième place lors d’un scrutin critiqué pour ses irrégularités.
Le coup de grâce pour Agathon Rwasa survient en 2018, avec l’adoption d’une nouvelle constitution qui, selon ses partisans, visait à limiter ses chances de retour sur la scène politique. Cette révision constitutionnelle interdit désormais toute coalition d’indépendants et impose un délai de deux ans avant qu’un membre démissionnaire ou exclu d’un parti puisse se présenter à une élection en tant qu’indépendant. Rwasa, néanmoins, persiste et fonde le Congrès national pour la liberté (CNL), qui obtient la deuxième place aux législatives controversées de 2020.
Cependant, son parcours reste semé d’embûches. En mars 2024, à 14 mois des législatives de 2025, Agathon Rwasa est une nouvelle fois évincé de la direction du CNL, un coup dur pour celui qui aspire à incarner la principale opposition au régime en place. Désormais sans parti politique et ne remplissant pas les conditions pour se présenter en tant que candidat indépendant, Rwasa et ses partisans semblent se retrouver dans une impasse, ce qui réjouit leurs détracteurs. Toutefois, des sources proches de l’opposant assurent qu’il n’a pas dit son dernier mot, sans toutefois entrer dans les détails sur ses prochaines démarches.
Le 5 juin 2025, date des élections législatives, s’annonce donc comme un moment décisif dans le paysage politique burundais, avec des enjeux majeurs pour l’avenir du pays et la place de l’opposition dans le jeu politique.



