Cette semaine, un tribunal indien a annulé l’interdiction qui frappait en Inde Les Versets sataniques, le roman le plus controversé de l’écrivain Salman Rushdie, après près de 36 ans de censure. Ce jugement, rendu par un tribunal de New Delhi, intervient pour des raisons techniques : les juges ont constaté qu’aucune copie officielle de la notification d’interdiction n’avait été produite par les parties en présence, concluant ainsi que l’interdiction, jamais formellement validée, n’existait pas.
Publié en 1988, Les Versets sataniques avait immédiatement provoqué une onde de choc en raison de son contenu jugé blasphématoire par une partie des communautés musulmanes. Ce roman, qui mêle fiction et références religieuses, a valu à Salman Rushdie une fatwa en 1989 de la part de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeini, qui appelait à son assassinat. La publication de l’œuvre a également créé des tensions diplomatiques, notamment avec l’Inde, où le Premier ministre de l’époque, Rajiv Gandhi, avait décidé d’interdire la vente du livre, à la veille des élections législatives de 1989. Gandhi, en quête du soutien de la minorité musulmane, avait cédé aux pressions des groupes islamistes.
L’Inde, pays comptant 200 millions de musulmans et la plus grande population musulmane au monde, a ainsi empêché Les Versets sataniques d’être mis en vente dans ses librairies. Le roman est resté inaccessible aux lecteurs indiens pendant des décennies, malgré son statut de best-seller mondial.
Le tribunal de New Delhi n’a pas abordé les motivations de l’interdiction ni pris position sur le contenu du livre, mais s’est concentré sur la procédure juridique, soulignant l’absence de documents officiels justifiant l’interdiction. Dans sa décision, le tribunal a estimé qu’il n’y avait pas de raison de maintenir cette censure, car elle reposait sur des bases juridiques insuffisantes.
Salman Rushdie, aujourd’hui âgé de 77 ans, a passé une grande partie de sa vie sous haute protection, vivant incognito pour échapper aux menaces de l’Iran et des islamistes. En août 2022, il a été poignardé et gravement blessé lors d’une conférence littéraire à New York par un jeune homme d’origine libanaise, soupçonné d’avoir des liens avec l’Iran chiite.
La levée de l’interdiction en Inde, bien que purement technique, marque un tournant dans l’histoire de ce livre, symbole de la liberté d’expression et de la lutte contre la censure. Reste à voir si cette décision pourrait ouvrir la voie à la publication du roman dans les librairies indiennes, permettant enfin à ses lecteurs de découvrir une œuvre qui a profondément marqué la littérature contemporaine.



