Le Pastef a traversé trois journées marquées par des tensions internes, des polémiques publiques et des appels à la modération émanant de ses plus hauts responsables. Le déclencheur de cette tempête a été la publication de nominations controversées au sein d’organismes stratégiques, qui ont provoqué une vive réaction parmi les militants du parti. Ce climat de défiance a poussé Ousmane Sonko, leader du Pastef, à intervenir pour apaiser les tensions et recadrer les partisans. Retour sur un épisode révélateur des défis internes auxquels le parti est confronté dans sa gestion du pouvoir.
Les Origines de la Controverse
La controverse a éclaté vendredi dernier avec la nomination de huit nouveaux membres au Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Parmi eux, Aoua Bocar Ly-Tall, sociologue et militante féministe, a particulièrement fait réagir. Ses publications passées sur les réseaux sociaux, jugées hostiles à Pastef et à Sonko, ont déclenché une tempête. Un de ses posts, datant du 8 octobre, où elle affirmait que l’ethnie peule surpasserait toutes les autres ethnies du Sénégal, a été interprété comme une déclaration ethniciste et a attisé une forte indignation, notamment parmi les militants de Pastef.
La nomination de Raki Kane au poste de secrétaire exécutive de la Commission d’évaluation, d’appui et de coordination (CEAC) a également provoqué des remous. Certains militants y ont vu une trahison des principes de rupture et une continuité des pratiques clientélistes. Raki Kane a, par ailleurs, exprimé sa gratitude envers les autorités, ce qui a exacerbé les critiques au sein du parti.
Les Réactions des Leaders du Parti
Face à la grogne, plusieurs figures du Pastef ont pris la parole pour tenter de désamorcer la crise. Fadilou Keita, ancien directeur de campagne, a justifié les choix du CNRA lors de lives sur les réseaux sociaux, mais ses explications ont plutôt nourri la colère des militants. Guy Marius Sagna, activiste externe au parti, a vigoureusement dénoncé la nomination d’Aoua Ly-Tall, la qualifiant de menace pour l’unité du Sénégal, en raison de ses propos ethnicistes.
D’autres responsables, comme le président de l’Assemblée nationale, ont opté pour un ton plus conciliant, saluant la vigilance des militants et appelant à la patience et à l’unité.
L’Intervention de Sonko
Conscient de l’escalade, Ousmane Sonko a pris la parole dimanche soir pour tenter de calmer les ardeurs. Dans son allocution, il a exprimé son soutien au Président de la République et au Premier ministre Bassirou Diomaye Faye, tout en assumant sa part de responsabilité dans les nominations. Il a également mis en garde contre les menaces visant les dirigeants du parti, appelant à plus de discipline et de cohésion interne.
Sonko a souligné que l’unité du Pastef passait par la solidarité et le respect des décisions collectives. Il a également rappelé que l’engagement politique au sein du parti devait être désintéressé et que tous ne pouvaient pas accéder à des postes de responsabilité. Enfin, il a exhorté les militants à se concentrer sur les projets futurs, notamment la construction du siège du Pastef.
Des Questions Légales en Suspens
Cette crise a également révélé des préoccupations concernant la légalité des nominations au CNRA. Selon le juriste Ngouda Sall, la procédure aurait enfreint la loi n°2006-04 du 4 janvier 2006, qui exige la consultation des associations professionnelles avant toute nomination. Cette omission remet en cause la légitimité des nominations et soulève des questions sur l’indépendance de l’institution.



