Depuis son officialisation à la tête des « Lions », le technicien français multiplie les déplacements dans les stades, les clubs et les instances du sport sénégalais. Une méthode de proximité qui rappelle celle de Claude Le Roy.
Le costume de sélectionneur ne se limite pas aux rassemblements, aux séances d’entraînement et aux soirs de match. Patrick Vieira paraît l’avoir compris. Sans attendre les grandes échéances, l’ancien capitaine des Bleus a entrepris de prendre le pouls du football sénégalais, des tribunes aux salles de réunion.
Amadou Barry, une présence remarquée
Samedi, au stade Amadou Barry, Vieira a pris place dans les tribunes pour suivre l’affiche de la première journée du championnat entre Guédiawaye FC et Dakar Sacré-Cœur. Une présence loin d’être anodine pour un sélectionneur qui entend élargir son regard au-delà des internationaux évoluant à l’étranger. Au contact du football local, le patron des « Lions » poursuit la découverte d’un championnat qui constitue aussi un vivier potentiel pour la sélection.
Cette sortie n’est pas isolée. Le technicien avait déjà rendu visite à Teungueth FC, engagé dans sa préparation pour la Ligue des champions africaine, se rapprochant ainsi d’un club qui porte les couleurs du Sénégal sur la scène continentale. Il s’est également invité dans les vestiaires des « Lionnes », avant ou après leur rencontre face à la Tunisie, signe de son intérêt pour le football féminin.
Dans la foulée, Vieira a pris part à une réunion entre le Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (COJOJ) et les fédérations sportives, une séquence qui dépasse le strict cadre de la sélection nationale. En s’intéressant aux différentes composantes du mouvement sportif, il affiche une approche ouverte, tournée vers l’observation et l’échange.
Une filiation avec Claude Le Roy
Dans cette démarche, le nom de Claude Le Roy revient presque naturellement. Ancien sélectionneur de plusieurs équipes africaines, ce dernier s’est souvent distingué par sa proximité avec les milieux du football du continent. Sa connaissance des terrains, des hommes et des cultures footballistiques a forgé son image de technicien voyageur, curieux et attaché à la découverte des talents.
La comparaison a toutefois ses limites : les deux hommes ont des parcours, des expériences et des contextes différents. Pour Vieira, la soirée d’Amadou Barry constitue surtout un premier signal, celui d’une méthode qui reste à confirmer dans la durée. La répétition des visites, les échanges avec les entraîneurs locaux et l’attention portée aux joueurs du championnat permettront d’en mesurer la portée réelle.
« Une démarche tout simplement normale »
Parmi les premiers à saluer cette approche, l’ancien international sénégalais Pape Fall juge que « Patrick Vieira ne doit pas être un simple sélectionneur ». Pour l’ancien Marseillais, cette démarche est « tout simplement normale » : « On ne peut pas se contenter d’être sélectionneur sans pour autant savoir ce qui se passe dans le football local. C’est la vitrine du pays. Cela motivera beaucoup plus de jeunes à rester dans notre championnat, qui aura un autre niveau, au lieu de s’expatrier dans des pays où ils ne perçoivent pas grand-chose. »
Badara Sarr, secrétaire général du Syndicat des entraîneurs du Sénégal, souligne de son côté que ses prédécesseurs n’ont pas, depuis des années, adopté cette posture. « Depuis qu’il est là, on voit d’abord que Patrick Vieira s’imprègne de la culture du Sénégal, parce que, quand il est venu au stade regarder les matchs, il a commencé à s’imprégner de ce qui se passe dans le football. Ça lui permet de connaître un peu la réalité du football, les profils des joueurs dont dispose le Sénégal, la manière dont le championnat se déroule », explique l’ancien entraîneur du Casa Sports. Il rappelle qu’aucun joueur évoluant dans le championnat local ne figure actuellement dans l’équipe nationale appelée à disputer les compétitions africaines.
Pour Sarr, l’intérêt dépasse la simple détection : « Même s’il ne prend pas les joueurs locaux, à son niveau, ça peut lui donner une idée du profil des joueurs dont dispose le Sénégal. » Il invite même le sélectionneur à aller plus loin en visitant les équipes et les académies. Beaucoup de cadres de la sélection, rappelle-t-il, sont issus du championnat, des académies et des clubs traditionnels, où ils ont fait leur formation avant de s’expatrier. « On voit que ces joueurs n’ont plus besoin de temps d’adaptation, même en Europe, pour pouvoir revenir en sélection. Donc, ça veut dire que le travail se fait très bien. »
Un enjeu : la formation à la base
Au-delà de la détection, Pape Fall plaide pour un travail de fond qui ne se limite pas à Dakar. Il préconise une collaboration étroite entre le sélectionneur et la Direction technique nationale (DTN), ainsi qu’avec les conseillers techniques régionaux et départementaux, appelés à servir de relais sur tout le territoire. « Il faudra aussi qu’il se mette en étroite collaboration avec la DTN pour la formation des jeunes, ainsi que les conseillers techniques régionaux et départementaux, qui vont servir de relais », propose-t-il.
Selon lui, les éliminations répétées des clubs sénégalais dès le premier tour des compétitions de la CAF révèlent les limites du travail accompli et le niveau du football local. Il appelle à renouer avec une politique de développement à la base, comme à son époque, quand les joueurs expatriés, les « Senefs », étaient encore minoritaires. « On va retourner au travail de fond qui était fait », assure-t-il, évoquant des stades combles et un football de qualité dont les Sénégalais gardent le souvenir.
Un signal envoyé aux acteurs locaux
Au Sénégal, où le football dépasse largement le cadre des matchs de l’équipe nationale, la proximité du sélectionneur avec les clubs revêt aussi une dimension symbolique. Elle rappelle que la Tanière ne vit pas en vase clos et que le développement du football national repose sur des passerelles entre ses différentes composantes. En se montrant à Amadou Barry, Vieira indique aux acteurs locaux que leur championnat mérite d’être observé et intégré à la réflexion autour de la sélection.
Le chantier du technicien reste vaste. Mais, de Guédiawaye FC à Teungueth FC, sans oublier les fédérations sportives, sa méthode prend forme : sortir du cadre habituel, se rapprocher du terrain et regarder le football sénégalais dans toute sa diversité. À l’image de Claude Le Roy, il semble convaincu que les talents ne se découvrent pas uniquement sur les grandes scènes européennes, mais aussi dans les stades où se joue, chaque week-end, une partie de l’avenir des « Lions ».



