Le retrait de Macky Sall de la course au poste de secrétaire général des Nations unies relance le débat sur les véritables enjeux de sa candidature. L’ancien président sénégalais affirme vouloir favoriser un candidat de consensus. Mais pour ses détracteurs, cette décision intervient après une campagne sans dynamique suffisante. Au-delà des résultats diplomatiques, son bilan à la tête du Sénégal et sa gestion des crises politiques entre 2021 et 2024 constituent, selon cette analyse, des obstacles majeurs à son ambition internationale.
Un retrait qui interroge sur les objectifs de la candidature
En annonçant son retrait, Macky Sall a expliqué vouloir privilégier l’émergence d’un candidat de consensus. Une justification que l’auteur de cette tribune juge commode, au regard des difficultés rencontrées par l’ancien chef de l’État dans la course à la direction de l’ONU.
Pour Aliou Sall, frère de l’ancien président, le simple fait de figurer parmi les personnalités susceptibles d’accéder à cette fonction constitue déjà une victoire. Cette lecture soulève une autre interrogation : la candidature visait-elle uniquement à obtenir le poste ou pouvait-elle également servir à restaurer l’image internationale de Macky Sall ?
Selon cette analyse, même sans victoire finale, cette démarche aurait pu contribuer à installer l’idée d’un ancien dirigeant disposant de la stature nécessaire pour briguer une telle responsabilité. Une hypothèse qui conduit à s’interroger sur les véritables objectifs politiques et diplomatiques de cette candidature.
Un réseau diplomatique jugé insuffisant
L’accès au poste de secrétaire général des Nations unies dépend notamment des rapports de force diplomatiques, des soutiens internationaux et de la capacité d’un candidat à rassembler autour de lui. Or, l’auteur estime que Macky Sall ne disposait pas d’un réseau suffisamment solide pour espérer l’emporter.
Sa candidature n’ayant été initialement portée ni par l’Union africaine ni par son propre pays, elle aurait souffert, dès le départ, d’un déficit de soutien continental. Le soutien du Burundi, présenté dans le texte comme un appui déterminant à ses débuts, ne suffisait pas à lui assurer une assise diplomatique à l’échelle internationale.
Pourtant, Macky Sall a occupé la présidence tournante de l’Union africaine, fonction durant laquelle il s’est investi dans plusieurs dossiers majeurs. Il s’est notamment rendu à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine, dans le contexte de la guerre en Ukraine et des difficultés d’approvisionnement en céréales.
Il a également défendu une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU et soutenu des initiatives relatives au financement du développement du continent, notamment autour de la notation financière africaine.
Toutefois, selon l’auteur, ces initiatives doivent être replacées dans leur contexte : Macky Sall s’exprimait alors au nom de l’Union africaine. Une fois ce mandat achevé, son influence dépendait davantage de ses réseaux personnels et du poids diplomatique du Sénégal.
Le précédent Abdoulaye Bathily
Pour étayer cette critique, la tribune revient sur la candidature du professeur Abdoulaye Bathily à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Soutenu par Macky Sall, il avait bénéficié de l’appareil diplomatique sénégalais, sans parvenir à obtenir le poste.
C’est finalement Moussa Faki Mahamat, candidat du Tchad sous la présidence d’Idriss Déby Itno, qui avait été élu en 2017.
L’auteur s’appuie sur cet épisode pour questionner la capacité de Macky Sall à mobiliser des soutiens internationaux décisifs. Il évoque également l’absence, durant son magistère, de succès sénégalais à certains postes continentaux de premier plan, notamment à la Banque africaine de développement et à la Commission de la CEDEAO.
À ses yeux, ces précédents fragilisent l’idée selon laquelle l’ancien président aurait disposé d’un réseau diplomatique suffisamment puissant pour accéder au sommet des Nations unies.
La tribune estime par ailleurs que le soutien tardif du Sénégal ne pouvait pas, à lui seul, compenser ces faiblesses. Elle met également en doute la capacité des autorités politiques sénégalaises actuelles à renforcer les chances de Macky Sall, rappelant que les réseaux diplomatiques ne se construisent pas uniquement à l’occasion d’une candidature.
Paris, un soutien qui ne suffisait pas
L’auteur examine ensuite la place de la France dans les calculs diplomatiques de Macky Sall. Il estime que l’ancien président a pu surestimer la capacité de Paris à peser en sa faveur.
Selon cette lecture, le recul de l’influence française en Afrique et les divisions européennes sur les grands dossiers internationaux réduisent la portée d’un soutien français isolé.
La guerre en Ukraine a notamment révélé la dépendance sécuritaire de plusieurs pays européens à l’égard des États-Unis. D’autres crises internationales ont également mis en évidence les limites de leur capacité d’action autonome.
À ces facteurs structurels s’ajoutent, selon la tribune, les difficultés politiques intérieures du président français Emmanuel Macron. L’auteur considère que son soutien ne pouvait constituer un levier suffisant pour compenser le manque d’alliances plus larges autour de Macky Sall.
Le bilan politique sénégalais au cœur des critiques
Au-delà de la diplomatie, la tribune s’attaque au bilan politique de l’ancien président. L’auteur estime que la gestion des manifestations entre 2021 et 2024, marquée par des morts et de nombreuses arrestations, constitue un lourd passif pour un dirigeant aspirant à la tête des Nations unies.
Il revient également sur les dossiers judiciaires de Karim Wade et de Khalifa Sall, qu’il présente comme des exemples d’une justice utilisée à des fins politiques.
Karim Wade a été condamné en 2015 pour enrichissement illicite, avec une amende de 138 milliards de francs CFA. Il a ensuite bénéficié d’une grâce présidentielle. Dans le même temps, Khalifa Sall a été poursuivi dans une affaire portant sur 1,8 milliard de francs CFA.
Pour l’auteur, cette différence de traitement soulève une question de cohérence dans la gestion des affaires judiciaires sous Macky Sall. Il interprète ces procédures comme des instruments ayant contribué à écarter des adversaires politiques.
La tribune soutient notamment que la condamnation de Khalifa Sall a profondément affecté son parcours politique, avant que celui-ci ne bénéficie à son tour d’une grâce présidentielle en 2019.
Ces interprétations s’inscrivent dans une critique plus large de la gouvernance de Macky Sall. Elles portent sur l’indépendance de la justice, l’équité dans le traitement des adversaires politiques et l’utilisation du pouvoir exécutif.
Le troisième mandat et la présidentielle de 2024
L’auteur revient également sur la tentative de report de l’élection présidentielle de 2024 et sur la controverse autour d’un éventuel troisième mandat de Macky Sall.
Selon la tribune, le renoncement à cette troisième candidature ne serait pas uniquement le résultat d’un choix personnel, mais aussi celui des pressions politiques et sociales exercées à l’époque.
L’auteur s’appuie notamment sur le traitement réservé aux opposants à cette éventualité et sur les soutiens accordés à ceux qui défendaient cette option. Il y voit un autre élément de fragilité dans le bilan démocratique de l’ancien président.
Ces épisodes, combinés aux violences politiques et aux controverses judiciaires, nourrissent selon lui une contradiction entre l’ambition internationale de Macky Sall et les critiques portant sur son exercice du pouvoir au Sénégal.
Une ambition internationale confrontée à son héritage politique
Le retrait de Macky Sall de la course au secrétariat général de l’ONU ne clôt donc pas le débat sur sa candidature. Pour l’auteur de cette tribune, les difficultés rencontrées ne s’expliquent pas seulement par les rapports de force diplomatiques ou par l’insuffisance des soutiens internationaux.
Elles renvoient aussi à la question du bilan laissé par l’ancien président, tant sur le plan démocratique que dans la conduite des affaires politiques et judiciaires au Sénégal.
La candidature aura-t-elle permis à Macky Sall de renforcer son image internationale malgré son retrait ? La question reste ouverte. Mais, selon cette analyse, l’ambition de diriger les Nations unies ne pouvait être dissociée du parcours politique de celui qui la portait.
Au-delà de l’échec de cette candidature, le débat porte ainsi sur une exigence fondamentale : la crédibilité internationale d’un dirigeant se mesure-t-elle uniquement à ses réseaux diplomatiques ou également à la manière dont il a exercé le pouvoir dans son propre pays ?



