À fin juin 2026, les mesures nouvelles inscrites dans le cadre du Plan de Redressement Économique et Social (PRES) ont permis de mobiliser 140,7 milliards FCFA, pour une prévision de 221,1 milliards FCFA, soit un taux de réalisation de 63,6 % et un écart de 80,4 milliards FCFA par rapport aux prévisions.
Cette moins-value doit être appréhendé comme un écart de prévision et non comme une contre-performance des mesures du PRES. L’analyse des écarts montre en effet que ceux-ci ne procèdent pas d’une insuffisance avérée du potentiel contributif des assiettes concernées ni d’une remise en cause de la faisabilité économique des mesures. Ils résultent principalement de contraintes d’ordre opérationnel, institutionnel et technique affectant le rythme de mise en œuvre et le rendement effectif des dispositifs de mobilisation.
La principale composante de l’écart concerne la taxation des jeux de hasard, pour laquelle une moins-value de près de 61 milliards FCFA est enregistrée. Cette situation s’explique essentiellement par une insuffisance de la captation à la source des prélèvements assis sur les gains des joueurs, conjuguée à des capacités encore limitées de supervision et de traçabilité des opérations. L’écart observé entre le rendement du prélèvement sur les gains de jeux et celui de la taxation des revenus des opérateurs constitue, à cet égard, un indice de défaillance du dispositif de recouvrement et de sécurisation de l’assiette..
La taxation des exportations de minerais fait apparaître, pour sa part, un écart d’environ 13 milliards FCFA. Celui-ci résulte principalement du décalage entre l’inscription de la mesure dans les prévisions de recettes et son effectivité opérationnelle. La mesure n’ayant pas encore été pleinement mise en œuvre sur la période considérée, son rendement budgétaire ne pouvait mécaniquement atteindre le niveau inscrit dans les prévisions.
S’agissant des mesures douanières appliquées aux importations de téléphones, le faible taux de réalisation, de l’ordre de 18,9 %, tient principalement à l’absence, au cours de la période, d’un dispositif opérationnel d’identification et de contrôle des terminaux à travers la plateforme IMEI. Cette contrainte a limité la capacité de l’administration à sécuriser l’assiette douanière, tracer les flux et lutter efficacement contre les pratiques de contournement et de fraude.
Ces différents éléments conduisent à considérer que l’écart global de mobilisation doit être analysé à l’aune du rythme d’opérationnalisation des mesures et de l’efficacité des mécanismes de recouvrement, plutôt qu’à travers une appréciation statique du seul taux de réalisation.
L’analyse des recettes du PRES doit toutefois être complétée par celle des dépenses auxquelles ces recettes sont destinées, afin d’apprécier de manière globale l’incidence budgétaire du Plan. En effet, les recettes mobilisées dans le cadre du PRES sont destinées notamment au financement de 44 projets prioritaires. Leur exécution est toutefois soumise au principe de « disponibilité préalable des recettes », selon lequel les dépenses correspondantes ne peuvent être engagées et exécutées qu’à hauteur des ressources effectivement mobilisées.
Ce mécanisme constitue un principe de prudence dans la gestion budgétaire, puisqu’il limite le risque de financer des dépenses sur la base de recettes simplement prévisionnelles. Ainsi, le niveau relativement modéré d’exécution des dépenses, de l’ordre de 40 %, s’inscrit dans le prolongement du niveau de mobilisation effective des recettes. Cette articulation entre mobilisation des ressources et exécution des dépenses a contribué à contenir l’incidence du PRES sur le déficit budgétaire.
En effet, malgré les objectifs initiaux du PRES, le déficit budgétaire s’est établi à 1,1 % du PIB, contre un objectif annuel de 5,37 % du PIB. La prudence dans l’exécution des dépenses, en lien avec le rythme effectif de mobilisation des ressources, a ainsi permis d’éviter que l’exécution des projets ne génère une pression supplémentaire importante sur le solde budgétaire.
Par conséquent l’analyse du PRES fait ressortir une double réalité. D’une part, les mesures nouvelles ont permis de générer environ 140 milliards FCFA de ressources additionnelles, constituant un effort fiscal important. D’autre part, le principe de disponibilité préalable des ressources a permis d’assurer une meilleure cohérence entre le niveau des recettes effectivement mobilisées et celui des dépenses exécutées, contribuant ainsi à la maîtrise du déficit budgétaire.
L’appréciation globale du PRES ne devrait donc pas se limiter au seul écart entre les recettes prévues et réalisées. Elle doit intégrer simultanément le niveau de mobilisation des ressources, les conditions opérationnelles de leur recouvrement, le niveau d’exécution des dépenses, leur affectation aux projets prioritaires et leur incidence sur le déficit budgétaire. C’est cette lecture combinée qui permet d’apprécier correctement la contribution du PRES au redressement des finances publiques.
Ousmane Sonko a confié à l’administration un véritable joyau ; il appartient à l’administration financière désormais de le préserver, de l’entretenir et de le valoriser.



