Ce mercredi, plus de 11 millions d’électeurs sont appelés à voter à Madagascar pour renouveler les autorités locales des 1695 communes du pays, notamment les maires et les conseillers municipaux. Cette élection constitue le dernier volet d’un cycle électoral d’une année, après la présidentielle et les législatives, et s’annonce particulièrement cruciale, tant pour l’opposition que pour le pouvoir en place.
Pour l’opposition, ce scrutin représente la dernière chance de maintenir ou de reprendre le contrôle de certaines villes stratégiques. Après son boycott des élections présidentielles de l’an passé, elle espère regagner la capitale, Antananarivo, et d’autres grandes villes en province. Ces municipales sont perçues comme un test de survie politique, crucial pour sa crédibilité sur le long terme. Dans un pays où le pouvoir reste largement centralisé à Antananarivo, la capitale est un enjeu clé, souvent considérée comme un tremplin vers la présidence.
Du côté du gouvernement, le pouvoir de Andry Rajoelina, soutenu par une Assemblée Nationale et un Sénat déjà acquis, voit dans ces élections une occasion de consolider son emprise sur le pays. En alignant des candidats dans presque toutes les communes, dont une soixantaine sans concurrence, le régime espère conforter son hégémonie et garantir une gouvernance sans partage.
Cependant, le scrutin se déroule dans un climat de forte tension. À Antananarivo, bien que certains bureaux de vote aient ouvert à l’heure, comme à la Haute Ville, des retards et des tensions ont marqué le début de la journée dans d’autres quartiers. À proximité du grand marché d’Analakely, dans les bureaux de vote du Lycée public Jean-Jacques Rabearivelo, l’ouverture a été retardée à 6h20 et a été accompagnée de scènes de mécontentement. Des accrochages ont éclaté entre les électeurs et les responsables du scrutin, notamment en raison de procédures non respectées, comme la présignation du fameux bulletin unique, censé être validé par un tirage au sort. Cette irrégularité a enflammé les esprits, certains électeurs dénonçant déjà un processus biaisé.
« Comment voulez-vous qu’on croie encore à ce vote ? » s’est indigné une électrice, tandis qu’un autre électeur dénonçait un « régime putchiste à la Poutine ». Bien que la situation se soit calmée en début de matinée, l’ambiance reste tendue.
Au-delà de ces incidents, l’enjeu majeur de ces municipales réside dans la participation. En 2019, plus de 59% des électeurs s’étaient abstenus, et cette fois, la mobilisation semble également timide. Les deux camps, tant le pouvoir que l’opposition, tentent d’encourager leur base électorale à se rendre aux urnes. Les résultats du scrutin, déjà marqués par des irrégularités, pourraient avoir des répercussions profondes sur la stabilité politique du pays dans les mois à venir.



